Présentation

Lundi 01 Mai 2006

Ce qui choque le plus dans la tragédie palestinienne, c’est la mauvaise foi avec laquelle les dirigeants de ce monde, relayés par leur média, interprètent les événements douloureux engendrés par un conflit imposé à un peuple innocent.
 



 

Les mots choisis sont peut-être crus, mais ils correspondent absolument à la réalité et s’étayent sur des faits avérés.Si liberté d’expression existe, nul ne peut reprocher à quiconque de dénoncer l’oppression et la violation du droit par un “état d’exception” qui s’appelle Israël. Vous avez compris, il n’est pas question de s’autocensurer par peur d’alimenter l’antisémitisme. Car l’amalgame est trop facile et profite toujours à Israël. Ainsi, il faut d’emblée réfuter la guerre des mots avant de condamner la guerre tout court. Le cynisme est dangereux car il éloigne la paix. Et celle-ci ne sera jamais à portée de main tant que l’on présentera l’occupant israélien comme victime et l’opprimé palestinien comme terroriste. L’indifférence n’a plus lieu d’être devant une telle situation et il y a devoir d’informer pour que chacun puisse comprendre ce qui se passe réellement au Proche-Orient. Essayons donc de résumer l’histoire de la Palestine afin d’éviter d’être induit en erreur. Tout commence en l’an 70 de l'ère chrétienne par le siège de Jérusalem et la destruction du Temple de Salomon. L’invasion sanglante conduite par Titus, futur empereur de Rome, provoque l’exode massif des juifs vers l’Europe et l’Afrique du nord. Seuls restent en Palestine, des non-juifs et un très petit nombre de juifs, la communauté Yichouv.
 

Au 7ème siècle, apparaît l’Islam, nouvelle religion monothéiste, née en Arabie. Le Coran, Livre Saint des musulmans confirme la sainteté de Jérusalem. A cette époque, Byzance administre la Palestine et sa capitale est dans un état d’abandon et de décadence.

En 638, deuxième Calife Omar intègre la Palestine à l’empire musulman et réhabilite Jérusalem. Très vite , l’Islam s’enracine en Palestine et se habitants deviennent majoritairement musulmans. Au Moyen Age, viennent le temps des croisades avec leur cortège de désordre, de violence et de destruction.

En 1187, Saladin repousse définitivement les croisé et réussit à ramener la paix en Palestine où chacun est désormais libre de pratiquer sa religion. Si la fin des croisades apporte la tranquillité en Orient, au contraire, le désordre sévit en Europe. L’antisémitisme réserve aux juifs un triste sort, les pogroms se multiplient et les israélites se rassemblent dans les ghettos.
 

En 1895 éclate à Paris, l’affaire Dreyfus. Ce capitaine accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne était le premier juif à accéder au rang d’officier d’état major. Son procès est suivi par un correspondant de presse juif d’origine hongroise Théodore Herzl Celui-ci scandalisé par les conditions du procès se convertit au sionisme (c’est-à-dire partisan de la création d’un état pour les juifs) et rédige dans son hôtel parisien un livre au retentissement considérable “l’Etat juif”. Herzl précise qu’il n’est pas nécessaire que ce rêve se réalise en Palestine. Toutefois, les juifs européens se réunissent en Congrès à Bâle (Suisse) en 1897 et décident de fonder l’état juif en Palestine. Dès le départ, les prémisses du drame palestinien sont scellées. Herzl précise : “Nous serions les avant-postes de la civilisation contre la barbarie. La population arabe serait juste assez bonne pour servir les besoins coloniales des juifs... Les sionistes doivent se procurer des terres arabes en quantité suffisante. Les autochtones principalement les pauvres, devront être insensiblement refoulés par-delà les frontières des pays voisins, après avoir assuré les travaux de colonisation les plus pénibles dans l’Etat juif (Extrait du libre de Théodore Herzl). Sauf à être aveugle, le plan imaginé par le théoricien de l’état d’Israël a été fidèlement appliqué.
L’organisation sioniste créée à la fin du 19ème siècle s’est fixé comme objectif de proclamer un état juif en Palestine dans 50 ans. Toutes sortes de moyens vont être utilisées pour y parvenir : noyautage des gouvernements influents, complots divers, achat de terres, immigration massive et terrorisme ! Le massacre des juifs par les Européens durant la période nazie va accélérer le mouvement et déboucher sur la création de l’état d’Israël en mai 1948. Le scénario prévu par Théodore Herzl sera mis en oeuvre: les immigrants juifs débarquent par milliers en Palestine et sont pris en charge par des groupes armés financés par le Congrès Juif Mondial. Le mot d’ordre est clairement annoncé : s’approprier le maximum de terres possible. Des commandos juifs s’emparent un à un des villages arabes. La violence des envahisseurs est telle que par dizaines de milliers les Palestiniens s’enfuit, abandonnant maisons, fermes, champs. Ils trouvent refuge dans les pays voisins et y croupissent depuis 54 ans dans des conditions inhumaines. Ces événements provoqués par la naissance d’Israël sont importants pour comprendre le “droit au retour” revendiqué par les Palestiniens dans toutes les négociations. Aussi, c’est une contrevérité de prétendre qu’il s’agissait de donner à un peuple sans terre, une terre sans peuple. Les millions de réfugiés chassés de leur pays et regroupés dans les camps sont toujours là comme preuve du contraire. Le peuple juif a sûrement le droit de disposer d’un état, mais la création d’Israël en Palestine et dans ces conditions constitue une injustice envers le peuple palestinien. C’est aussi en toute impunité que les gouvernements israéliens successifs vont étendre leur territoire, à tel point que la terre qui reste aux Palestiniens sera réduite comme une peau de chagrin :
 

En 1900 : 6% de la terre palestinienne appartient aux juifs. En 1947 : le plan de partage élaboré par l’Occident lui octroie 55%. En 1947 - 1949 : au terme de la 1ère guerre, Israël prend 77% du territoire palestinien.

En 1967 : nouvelle guerre déclenchée par l’état juif et occupation de la totalité du territoire palestinien. Alors aujourd’hui, de quel droit faudrait il encore partager ces 23% toujours militairement et férocement occupés ? Au nom de la Bible, affirment les intégristes juifs. Si le sionisme était à l’origine d’essence politique, très vite, il est devenu une idéologie religieuse : la Palestine est la Terre Promise aux juifs. Ce qui surprend c’est que l’Occident laïc approuve cette assertion religieuse et se montre par conséquent extrêmement bienveillant envers l’occupation illégale d’Israël et les exactions horribles de son armée Tsahal. Est-il besoin de rappeler que le droit international condamne toute occupation par la force armée d’un pays ou d’un peuple ? Seul Israël peut se permettre de méconnaître toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. La dernière en date (résolution 1402) lui demande de retirer toutes ses forces de Ramallah et des autres villes palestiniennes. Non seulement, son armée ne se retire pas, mais elle intensifie son agression. Aucun autre pays au monde ne pourrait agir de la sorte. Bref, est il logique de considérer l’occupant et l’occupé de la même manière ? Imagine-t-on ce que représente pour des millions d’êtres humains de vivre depuis 35 ans sous occupation militaire ? L’héroïsme du peuple palestinien est extraordinaire, sa résistance et ses sacrifices honorent l’Humanité. Car c’est parce qu’ils sont des humains que les enfants, les femmes et les hommes de Palestine se battent pour ne pas être réduits à l’état d’esclavage. José Bové a été témoin du traitement subi par les civils palestiniens. Toutes les conventions internationales en vigueur concernant le droit des prisonniers, le secours aux blessés, le transport par ambulance, la protection des hôpitaux sont constamment violées par Israël. De quel côté donc sévit le terrorisme ? Jugez-en vous même : l’Etat juif occupe militairement l’ensemble des territoires palestiniens (il n’en reste plus que 23%). Les armes ultra sophistiquéses fournies généreusement par les USA font de Tsahal la 4ème armée du monde. En face, vous avez un peuple opprimé, sans armée ( il lui est interdit d’avoir avions de combat, marine de guerre, hélicoptères, chars et blindés). Leurs seuls moyens de défense : des petites armes obtenues clandestinement, des fusils, des bombes artisanales, des galets, une jeunesse. Si les mots ont encore un sens, peut-on qualifier la résistance d’un peuple occupé, opprimé, humilié à l’extrême, de terrorisme ? N’est il pas lâche de l’agresser à l’aide d’armes lourdes (F 16, chars, missiles) lorsqu’on l’interdit de posséder ne serait ce que des armes défensives proportionnelles à celles d’Israël ? Quel camp se caractérise par la violence, lorsqu’on dénombre 1400 morts chez les Palestiniens et 300 chez les Israéliens. Les blessés par milliers d’un côté et par dizaines de l’autre. Qui est donc alors terroriste ? L’honnêteté exige de ne pas confondre systématiquement la propagande israélienne, très habile, avec la réalité du terrain. La question fondamentale est de savoir si les Palestiniens sont bel et bien classés dans la catégorie des sous-hommes. Sinon, pourquoi leur refuser le droit à la résistance. Bref, la paix ne peut s’envisager que par la justice et le respect mutuel. La justice exige le retrait total des troupes israéliennes de tous les territoires occupés depuis 1967. Les Israéliens ont pris 77% de la Palestine pour eux, ils ne peuvent plus disputer les 23% restant aux Palestiniens qui ont droit à un état indépendant. Enfin, le respect implique les mêmes droits, la même égalité et la même dignité pour tous.
 


Youssouf Mohamed
(La Possession)

Lundi 01 Mai 2006
Chronologie du monde arabe

Principaux événements dans le monde arabe et au Proche-Orient depuis octobre 2001

 

2001

2 octobre : Le président Bush se prononce en faveur de l’idée d’un Etat palestinien. La déclaration, qui rappelle le droit à l’existence d’Israël, intervient quelques jours avant le départ du secrétaire à la défense Donald Rumsfeld pour une tournée le conduisant à Oman, en Egypte, en Arabie saoudite et en Ouzbékistan dans le cadre de la riposte après les attentats du 11 septembre 2001.

8 octobre : Affrontements violents entre police palestinienne et étudiants palestiniens islamistes à Gaza. Suite aux premières frappes anglo-américaines sur l’Afghanistan, une manifestation anti-américaine d’étudiants dégénère. Des tirs font deux morts et plus de deux cents blessés.

5 et 6 novembre : Conférence euroméditerranéenne à Bruxelles, marquée par la rencontre entre le président de l’Autorité palestinienne,Yasser Arafat et le ministre israélien des affaires étrangères Shimon Pérès, auxquels les participants demandent de reprendre le chemin des négociations. La lutte contre le terrorisme, le développement économique durable et le partenariat culturel sont également à l’ordre du jour.

29 novembre : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité la résolution 1382 qui approuve un plan de sanctions contre l’Irak. Elle prévoit une réévaluation des sanctions internationales contre l’Irak dans les six mois et prolonge pour 180 jours, à partir du 30 novembre, le programme « Pétrole contre nourriture » (jusqu’en mai 2002).

20 décembre : Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU appelant à l’envoi d’observateurs dans les Territoires palestiniens. Seuls six pays votent contre : Israël, les Etats-Unis et quatre petites îles du Pacifique Sud ; 25 pays, dont la Grande-Bretagne, s’abstiennent. L’Assemblée générale adopte également une seconde résolution appelant Israël à respecter la quatrième Convention de Genève sur la protection des civils en temps de guerre. La résolution réitère que l’occupation israélienne des Territoires palestiniens et de Jérusalem-Est est «  illégale et constitue un obstacle à la paix ».

26 décembre : Election de M. Benyamin Ben Eliezer à la tête du Parti travailliste israélien.

2002

4 janvier : La marine israélienne arraisonne un cargo chargé d’armes, le Karine-A, en mer Rouge. Le capitaine du bateau intercepté, détenu dans la prison d’Ashkelon, reconnaît avoir reçu ses instructions de responsables palestiniens.

15 janvier : La police palestinienne arrête le chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), M. Ahmad Saadat à Ramallah (Cisjordanie). Il avait revendiqué l’assassinat, le 17 octobre 2001, du ministre israélien du tourisme, Rahavam Zeev. Le premier ministre israélien, Sharon, avait exigé cette arrestation pour rendre sa liberté de mouvement au président de l’Autorité palestinienne,Yasser Arafat reclus dans sa résidence de Ramallah depuis le 3 décembre.

24 janvier : Attentat contre l’ex-chef des Forces libanaises à Beyrouth. Elie Hobeika, ancien chef de la milice chrétienne responsable du massacre de centaines de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, en 1982, est assassiné dans un attentat à la voiture piégée.

14 février : Bahreïn devient une monarchie constitutionnelle. L’émir de Bahreïn, Cheikh Hamad ben Issa al-Khalifa, prend le titre de roi le jour anniversaire de l’adoption par référendum en février 2001 de la Charte nationale sur les réformes politiques visant à plus de démocratie.

16 février : En Israël, à l’appel des associations pacifistes du pays, dont La Paix maintenant, et des partis de gauche dont le Meretz, près de 15 000 personnes ont manifesté pour demander le retrait israélien des territoires palestiniens occupés et la création d’un Etat palestinien.

17 février : Le prince héritier Abdallah Ben Abdel-Aziz, qui gouverne de facto l’Arabie saoudite depuis la maladie du roi Fahd en 1995, évoque, dans un entretien au New York Times une normalisation possible des relations avec Israël en échange du retrait israélien de tous les territoires arabes occupés après la guerre de 1967, y compris le secteur arabe de Jérusalem.

Mars : Escalade du conflit israélo-palestinien.

12 mars : Résolution 1397 de l’ONU préconisant un Etat palestinien à côté d’Israël. Cette résolution, à l’initiative des Etats-Unis, est adoptée par quatorze des quinze membres du Conseil de sécurité, la Syrie s’abstenant.

27-28 mars : Sommet de la Ligue arabe à Beyrouth (au Liban). Le sommet s’ouvre avec une absence record de plus de la moitié des chefs d’Etat arabes dont le leader palestinien Yasser Arafat, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah de Jordanie. Il s’achève par l’adoption du plan de paix saoudien, intitulé « Initiative de paix arabe » proposant à Israël une paix globale en échange du retrait des territoires occupés depuis 1967, de la création d’un Etat palestinien avec pour capitale Jérusalem-Est, et d’une solution au problème des réfugiés palestiniens.

Le sommet est également marqué par un rapprochement entre l’Irak et le Koweït et par l’adoption d’une résolution qui « dénonce les menaces d’agression contre des pays arabes, notamment l’Irak, et le refus total de frappes contre ce pays ».

29 mars : L’opération « Rempart » est déclenchée par l’armée israélienne après une vague d’attentats-suicides palestiniens. Lire notre chronologie du conflit israélo-palestinien

30 mars : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la Résolution 1402 sur la situation au Proche-Orient, par 14 membres sur 15, la Syrie boycottant le vote. Cette résolution « demande aux deux parties de réaliser immédiatement un véritable cessez-le-feu. »

8 avril : L’Irak suspend ses exportations de pétrole pour un mois, en représailles contre l’offensive israélienne en Palestine. Dix autres membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), notamment l’Iran et la Libye, ne se joignent pas à l’initiative irakienne, mais décident de ne pas augmenter leur production malgré la hausse des cours du pétrole aux environs de 26 dollars le baril.

8-18 avril : Mission au Proche-Orient du Secrétaire d’Etat américain Powell. Les entretiens avec MM. Sharon et Arafat ne permettent pas d’obtenir un cessez-le-feu.

10 avril : Réunion du Quartet sur la situation au Moyen-Orient à Madrid. Une déclaration commune est adoptée demandant « un cessez-le-feu immédiat et effectif ».

15 avril : Arrestation de M. Marouan Barghouti, responsable du Fatah pour la Cisjordanie, par l’armée israélienne à Ramallah (Cisjordanie).

25-28 avril : Visite du prince héritier saoudien Abdallah aux Etats-Unis, à Crawford (Texas). Les rencontres avec le président Bush portent sur le déblocage de la situation au Proche-Orient, notamment la libération de M. Yasser Arafat, assiégé depuis la mi-décembre à Ramallah.

10 mai : Levée du siège de l’église de la Nativité à Bethléem (Cisjordanie), suite à un accord entre Israéliens et Palestiniens conclu sous l’égide de l’Union européenne. Les cent vingt-trois Palestiniens assiégés depuis le 2 avril, quittent la basilique où ils s’étaient réfugiés afin d’échapper aux troupes israéliennes lors de l’opération « Rempart ».

14 mai : Résolution 1409 du Conseil de sécurité de l’ONU modifiant le régime de sanctions contre l’Irak. La résolution met en place un système qui permettra au gouvernement irakien d’importer plus facilement des produits à usage civil mais renforcera le contrôle sur les produits pouvant avoir une utilisation militaire, par le biais d’une «  liste révisée d’articles sujets à examen  » soumise à la Commission de contrôle et de vérification des Nations unies (CCVINU) et à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avant leur acheminement en Irak.

19 mai-19 juin : Recrudescence des attentats-suicides palestiniens en Israël.

16 juin : Israël entame la construction d’un mur, appelé « clôture de sécurité » mais empiète largement sur les territoires palestiniens.

19 août : Le terroriste palestinien Abou Nidal est trouvé mort à Bagdad. Dissident du Fatah, M. Nidal est responsable de nombreux attentats sanglants en Europe entre 1970 et 1985, en particulier l’attentat de la rue des Rosiers à Paris en 1982, qui a fait six morts et 22 blessés. Il est aussi impliqué dans le meurtre de plusieurs responsables palestiniens modérés.

3 septembre : Décision de la Cour suprême israélienne autorisant l’expulsion de familles de Palestiniens impliqués dans des actes terroristes.

10 septembre : Ouverture de la 57e Assemblée générale de l’ONU, à laquelle participent une cinquantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement et près de 130 ministres. Elle est marquée par le discours du président américain Bush sur l’Irak. Il met en demeure le régime irakien de « retirer ou détruire immédiatement et sans conditions toutes ses armes de destruction massive  » s’il veut montrer qu’il souhaite la paix et exige de Saddam Hussein qu’il abandonne « immédiatement tout soutien au terrorisme et agisse pour le supprimer ». M. Bush demande que l’ONU travaille à une nouvelle résolution pour obtenir le désarmement de Bagdad et déclare : « Les résolutions du Conseil de sécurité seront mises en oeuvre, les exigences justes de paix et de sécurité seront remplies, ou bien une action sera inévitable  ».

24 septembre : Résolution 1435 de l’assemblée générale de l’ONU exigeant la fin du siège israélien du QG de Yasser Arafat à Ramallah.

24 septembre : Publication du rapport du gouvernement britannique sur l’armement irakien, rédigé à partir d’informations fournies par les services secrets britanniques. Il affirme que l’Irak continue de produire des armes chimiques et biologiques et dispose de vingt missiles d’une portée de 650 kms. Par ailleurs, il estime à un ou deux ans la durée nécessaire à l’Irak pour construire une arme nucléaire.

30 septembre : Signature de l’accord d’association (Euromed) entre l’Union européenne et le Liban le 10 janvier, à Bruxelles. Tous les pays du Bassin méditerranéen ont signé, sauf la Libye et la Syrie.

4 octobre : Réuni pour la première fois depuis 1996, le Parlement irakien approuve à l’unanimité l’accord de paix signé, en 1998 à Washington, entre les chefs des deux partis qui se disputent ce territoire, Massoud Barzani du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et Jalal Talabani de l’ Union patriotique du Kurdistan (UPK).

6 octobre : Raid meurtrier de l’armée israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza

11 octobre : Vote du Congrès américain autorisant le recours à la force armée contre l’Irak. La résolution qui intervient en période préélectorale, recueille l’assentiment d’une majorité de démocrates et obtient 296 voix contre 133 à la Chambre des représentants et 77 voix contre 23 au Sénat. Le texte permet l’intervention des Etats-Unis dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et pour défendre la sécurité nationale.

15 octobre : Référendum présidentiel en Irak. Selon les résultats officiels le président Saddam Hussein est réélu, pour un mandat de sept ans, avec un taux de participation de 100 % et 100 % de voix.

24 et 31 octobre : Premières élections législatives au royaume de Bahreïn depuis 1973. 243 637 électeurs, dont plus de 50 % de femmes, sont appelés à voter pour un Parlement de 40 sièges. Une partie de l’opposition boycotte le scrutin. Avec un taux de participation de plus de 53 %, les islamistes sunnites et chiites remportent 19 sièges, les candidats indépendants 18, les libéraux obtiennent 3 sièges. Le 11 novembre, un nouveau gouvernement est formé comprenant un ancien dirigeant de l’opposition chiite.

8 novembre : Résolution 1441 de l’ONU sur le désarmement de l’Irak. Présentée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, après deux mois de discussions entre les membres du Conseil de sécurité, la résolution est adoptée à l’unanimité. Soulignant que l’Irak continue de violer les précédentes résolutions de l’ONU, le Conseil décide de lui donner «  une dernière chance de s’acquitter des obligations en matière de désarmement qui lui incombent  » et «  d’instituer un régime d’inspection renforcé » en Irak où l’accès à tous les sites y compris présidentiels, devra s’effectuer sans restriction. L’Irak dispose de trente jours pour faire « une déclaration à jour, exacte et complète sur tous les aspects de ses programmes de mise au point d’armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d’autres vecteurs ». Le Conseil enfin avertit l’Irak de « graves conséquences  » s’il continue à «  manquer à ses obligations ».

Le 13 novembre : L’Irak annonce qu’il accepte sans réserve la résolution 1441.

Le 18 novembre : Les inspecteurs en désarmement de l’ONU, dirigés par Hans Blix, président de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (CCVINU) arrivent à Bagdad pour le début de leur mission.

29 novembre : M. Ariel Sharon, premier ministre israélien, est réélu à la tête de son parti, le Likoud.

29 novembre : Double attentat anti-israélien à Mombasa, au Kenya.

7 décembre : Remise à l’ONU du rapport de l’Irak sur ses armements. Comme prévu dans la résolution 1441 du 8 novembre 2002, Bagdad transmet à la CCVINU une déclaration sur ses programmes d’armes nucléaires, biologiques et chimiques. Elle est jugée très incomplète aussi bien par les inspecteurs de l’ONU que par les membres du Conseil de sécurité, qui jugent que « malgré son volume, la déclaration irakienne n’apporte que peu d’éléments nouveaux » et de ce fait elle ne permet pas « de lever les doutes qui pèsent sur la poursuite par l’Irak d’activités prohibées  ».

11 décembre : Interception en mer d’Oman d’un navire nord-coréen So San transportant 15 missiles munis d’ogives conventionnelles et 84 bidons de produits chimiques. Il est placé sous le contrôle des forces américaines antiterroristes déployées dans la région, puis autorisé, le 12, à rejoindre sa destination, le Yémen.

14-16 décembre : Congrès de l’opposition irakienne en exil à Londres. A l’initiative des Etats-Unis, quelque 300 délégués de l’opposition irakienne, représentant une cinquantaine de courants, adoptent une « déclaration politique  » définissant les étapes d’une transition vers la démocratie, dans la perspective d’une alternative au régime de M. Saddam Hussein. L’opposition s’accorde sur un Etat parlementaire, pluraliste et fédéral. Un comité de 65 membres est chargé d’assurer la coordination entre les différents partis d’opposition et la communauté internationale.

22 décembre : Sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Doha au Qatar. Dans le communiqué final de ce 23ème sommet, les participants annoncent la naissance d’une union douanière entre les membres du CCG le 1er janvier 2003 et condamnent les menaces du président irakien Saddam Hussein contre le Koweït. Ils ne font aucune mention directe d’une éventuelle intervention militaire américaine contre Bagdad, mais rappellent la nécessité de « respecter l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Irak  » et de « ne pas s’ingérer dans ses affaires intérieures  ».

2003

2 janvier : Les autorités yéménites arrêtent de nombreux étudiants islamistes soupçonnés d’avoir des liens avec les auteurs de deux attentats, l’un ayant entraîné la mort de trois missionnaires américains le 30 décembre dans un hôpital de Jibla, l’autre celle de Jarallah Omar, numéro deux du Parti socialiste yéménite (PSY, opposition), tué par balles le 28 décembre à Sanaa lors d’un congrès politique.

14 janvier : Conférence internationale sur les réformes de l’Autorité palestinienne, à Londres. Elle a pour but d’aider les responsables palestiniens à préparer l’application de la « feuille de route » du Quartet sur le Proche-Orient, qui établit un plan par étapes pour la création d’un Etat palestinien en 2005. Les représentants de l’Autorité palestinienne, interdits de déplacement à l’étranger par le gouvernement israélien, participent par lien vidéo à la conférence. Outre les représentants du Quartet, des émissaires de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et de l’Egypte prennent part aux discussions.

23 janvier : Réunion à Istanbul de six pays musulmans, dont quatre pays voisins de l’Irak (Arabie saoudite, Iran, Jordanie, Syrie), plus l’Egypte, à l’initiative de la Turquie, pour discuter des moyens d’éviter une guerre en Irak. Ils appellent Bagdad à davantage de coopération avec l’ONU sur son désarmement, dans une déclaration conjointe. Ils demandent que le Conseil de sécurité de l’ONU prenne en compte la perspective régionale de la question irakienne qui « implique toute la région » et pour laquelle ils sont « prêts à coopérer  » avec l’ONU.

28 janvier : Elections législatives israéliennes , victoire de M. Ariel Sharon

5 février : Le secrétaire d’Etat américain Powell dresse devant le Conseil de sécurité un bilan des preuves accumulées du refus de l’Irak de coopérer avec le processus de désarmement de l’ONU. Photos satellites et enregistrements de conversations entre responsables irakiens à l’appui, Colin Powell fait une énumération des armements prohibés de l’Irak, des manoeuvres de ce dernier pour « tromper  » les inspecteurs de l’ONU et de ses liens avec l’organisation terroriste Al Qaida. A l’issue du discours, les réactions des membres du Conseil de sécurité sont diverses : pour certains gouvernements, parmi lesquels figurent les plus proches alliés militaires des Etats-Unis, dont la Grande-Bretagne, le réquisitoire de M. Powell prouve de manière convaincante que l’Irak représente une menace [ce que la suite démentira]. Mais pour d’autres, tels que la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie, hostiles à toute intervention militaire contre Bagdad, ces révélations appellent surtout une intensification des inspections de l’ONU sur le terrain. Le ministre des affaires étrangères français, Dominique de Villepin, se fait notamment remarquer par son discours ouvertement contre l’intervention militaire en Irak. Lire sur le site du ministère des affaires étrangères les principales interventions françaises sur la guerre en Irak en 2003.

10 février : Déclaration commune de l’Allemagne, de la France et de la Russie sur l’Irak. Lors de la visite à Paris, du président russe Vladimir Poutine, qui a rencontré la veille le chancelier allemand Gerhard Schröder, les trois dirigeants adoptent une déclaration appelant « à la poursuite des inspections et au renforcement substantiel de leurs capacités humaines et techniques par tous les moyens » et se disent « déterminées à donner toutes les chances au désarmement de l’Irak dans la paix  ».

14 février : Pour M. Hans Blix, chef de la CCVINU, la coopération avec Bagdad a progressé ces dernières semaines, mais l’Irak n’a pas rendu compte de nombreux armements prohibés et de matériel. Pour M. Mohamed El Baradei, directeur de l’AIEA, les inspecteurs n’ont pas découvert d’activité nucléaire interdite en Irak et un renforcement des moyens d’inspection est prévu. Tous les deux demandent plus de temps pour poursuivre leur tâche, ralliant à leur cause douze des quinze membres permanents du Conseil de sécurité, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne restant favorables à une opération militaire.

15 février : Près de 10 millions de personnes manifestent à travers le monde contre la guerre en Irak.

17 février : Conseil européen extraordinaire sur la crise irakienne à Bruxelles. Les quinze chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne parviennent à un consensus sur la gestion de la crise irakienne. Dans une déclaration commune adoptée à l’issue du sommet, ils affirment que «  c’est au régime irakien de mettre fin à cette crise en se conformant aux demandes du Conseil de sécurité de l’ONU » et ils n’excluent pas l’usage de la force «  en dernier recours  ».

24 février : Relevant la « violation patente  » de ses obligations de désarmement complet par l’Irak, le projet de résolution déposé par le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Espagne, affirme que Bagdad « n’a pas saisi la dernière possibilité qui lui était offerte par la résolution 1441. » .

28 février : Elections municipales iraniennes. Les réformateurs du président Khatami subissent une défaite et perdent les municipalités de Téhéran, Ispahan, Machhad, Chiraz, Yazd, Qom et Kerman avec un taux de participation entre 12 et 15 % dans les grandes villes, de 49,17 % sur l’ensemble du pays.

1er mars : Sommet de la Ligue arabe à Charm el-Cheikh (Egypte). Le sommet sur l’Irak, qui réunit onze chefs d’Etat arabes sur les 22 que compte la Ligue arabe, proclame le «  refus absolu d’une frappe contre l’Irak, ainsi que le refus de participer à une action militaire contre ce pays  ». Les Emirats arabes unis appellent pour leur part Saddam Hussein à démissionner. Le dirigeant libyen Mouammar Khadafi confirme son intention de se retirer prochainement de l’organisation.

Le Parlement turc vote contre le déploiement de troupes américaines sur son territoire. La motion en faveur d’un déploiement américain, dans l’éventualité d’une guerre contre l’Irak, est proposée par le gouvernement turc.

L’Irak commence à détruire ses missiles prohibés. Bagdad donne le coup d’envoi, sous la supervision de l’ONU, de la destruction des missiles Al-Samoud 2, dont la portée dépasse les 150 km autorisés par les accords de désarmement intervenus après la guerre du Golfe en 1991. Cette opération marque un début de coopération de l’Irak sur son désarmement, confirmée par la révélation de stocks d’armes biologiques enterrées en 1991 et l’autorisation donnée aux inspecteurs d’interroger des scientifiques irakiens

2-3 mars : Elections législatives en Syrie. Avec un taux de participation de 63,45 %, les 167 candidats du Front national progressiste (FNP) dirigé par le parti Baas au pouvoir, sont tous élus, les 83 sièges restants allant aux candidats indépendants. Le Rassemblement National démocratique, coalition de cinq partis de l’opposition, avait appelé au boycott.

16 mars : Sommet entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Espagne sur l’Irak à Lajes (Portugal).

17 mars : Ultimatum du président américain Bush au dirigeant irakien Saddam Hussein. Il lui donne 48 heures pour quitter son pays, sous menace de guerre.

Le 18 mars : M. Saddam Hussein rejette l’ultimatum. Tous les inspecteurs en désarmement de l’ONU quittent l’Irak à destination de Chypre. Kofi Annan annonce la suspension du programme « Pétrole contre nourriture » et le retrait du personnel de la Mission d’observation des Nations unies pour l’Irak et le Koweït (MONUIK) déployé à la frontière entre les deux pays.

20 mars : Lancement de l’opération militaire américano-britannique « Liberté de l’Irak ». Plusieurs séries de raids et de bombardements frappent plusieurs sites dans la capitale irakienne une heure après l’expiration de l’ultimatum lancé par Washington à M. Saddam Hussein pour qu’il quitte l’Irak. Des missiles sont tirés à partir de navires stationnés dans le Golfe, en mer Rouge et en Méditerranée. Dans la soirée, les forces terrestres américaines et britanniques pénétrent en Irak depuis le Koweït avec blindés et artillerie enserrant à la frontière la ville irakienne d’Oum Qasr. De nombreux raids aériens visent Bagdad et ses environs les jours suivants, Bassorah dans le sud de l’Irak, Mossoul dans le nord ainsi que la région de Kirkouk, ville située dans le Kurdistan irakien. De violents combats ont lieu à Nassiriah située au sud-est de Bagdad.

28 mars : Reprise du programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture » en Irak Il assure la subsistance quotidienne de 60 % de la population irakienne par le biais des exportations de pétrole de Bagdad sous contrôle de l’ONU.

Avril : Raids aériens meurtriers d’Israël sur Gaza, Israël continue ses opérations dites de meurtres ciblés.

14 avril : Chute de Tikrit en Irak, ville bastion de M. Saddam Hussein. L’essentiel de l’offensive militaire « Liberté de l’Irak » s’achève ainsi, 26 jours après son lancement.

15 avril : Une soixantaine de délégués irakiens, représentant des mouvements chiites et sunnites, des Kurdes et les monarchistes sont réunis près de Nassiryah, pour la première fois depuis la chute du régime de Saddam Hussein, sous l’égide des Etats-Unis et sous la présidence du général Jay Garner, chargé de l’aide à la reconstruction de l’Irak. Le principal mouvement d’opposition chiite, le Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (SCIRI), basé en Iran, a refusé d’y participer.

19 mars : Réunion des pays voisins de l’Irak (Arabie saoudite, Iran, Jordanie, Koweït, Syrie, Turquie, Bahrein, et Egypte), qui appellent les «  forces d’occupation  » américaines et britanniques à quitter le pays le plus rapidement possible. Ils condamnent par ailleurs les menaces américaines contre la Syrie.

22-23 avril : Le pèlerinage de Kerbala réunit des centaines de milliers de chiites irakiens, qui célèbrent la renaissance de leur identité dans la cité emblématique de leur confession.

27 avril : Elections législatives au Yémen. Pour ce troisième scrutin depuis la réunification du pays en 1990, huit millions de Yéménites, dont 3,4 millions de femmes, sont appelés à renouveler les 301 membres de leur Parlement. Le Congrès populaire général (CPG) du président Ali Abdallah Saleh obtient une large victoire. Le 17 mai, un nouveau gouvernement de 35 membres est formé, dirigé par Abdel Kader Bajammal.

29 avril : Référendum constitutionnel au Qatar. Les Qatariotes approuvent à 96,6 % le projet de Constitution, la première depuis l’indépendance du Qatar en 1971. La séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires est prévue, la liberté de culte garantie à tous dans ce pays musulman où les quelque 650 000 habitants sont en majorité des expatriés de diverses religions.

1er mai : Six semaines après le début de la guerre contre M. Saddam Hussein, M. Bush annonce dans une allocution, que « l’essentiel des opérations militaires est terminé  » mais avertit que la tâche reste difficile dans le pays et que la guerre antiterroriste continue.

6 mai : Nomination du diplomate américain Paul Bremer au poste d’administrateur civil provisoire en Irak.

10 mai : S’adressant aux milliers de partisans venus l’accueillir à son retour d’Iran après 23 ans d’exil, l’ayatollah Al Hakim, chef de la formation chiite Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), revendique la constitution d’un régime islamique dans son pays, mais rejette l’extrémisme religieux et milite pour le pluripartisme et la reconnaissance des divers groupes ethniques.

12 mai : Attentats-suicides anti-occidentaux à Riyad, en Arabie saoudite, à la veille de la visite du secrétaire d’Etat américain Powell. On compte 34 morts ,dont les 9 kamikazes et 200 blessés. Les victimes sont de nationalité s américaine, saoudienne, australienne, jordanienne, philippine, libanaise et suisse. Les attentats ont été revendiqués par le réseau terroriste Al-Qaida.

17-18 mai : 1ère rencontre entre le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ariel Sharon à Jérusalem.

Juin : Opérations militaires américaines en Irak contre la guérilla sunnite L’armée américaine fait face, depuis début mai, à des attaques quasi quotidiennes dans la région sunnite.

3 juin : Sommet entre M. Bush et les dirigeants des pays arabes à Charm el-Cheikh (Egypte) ; les dirigeants arabes expriment leur soutien à la « feuille de route » ainsi que leur rejet du terrorisme.

17 juin : Elections législatives en Jordanie. Pour ces premières élections depuis 1997, plus de deux millions de Jordaniens sont invités à élire 110 députés. Le taux de participation est de 52,5 %. Les indépendants, représentants des tribus et des grandes familles du royaume, obtiennent la majorité. Les islamistes du Front de l’action islamique (FAI) emportent 16 sièges sur les 30 qu’ils briguaient. Aucune femme n’est élue, une commission spéciale est chargée de choisir les six femmes qui rempliront le quota qui leur est réservé.

21-23 juin : Conférence du Forum économique mondial sur le Proche-Orient à Amman (Jordanie). Lors de la réunion qui porte sur les conditions économiques de la paix au proche-Orient et sur la reconstruction de l’Irak, les Etats-Unis annoncent un projet de zone de libre-échange avec le Proche-Orient d’ici à 2013. Une cinquantaine de chefs d’entreprise de la région lancent un Conseil des entreprises arabes.

5 juillet : Elections législatives au Koweït. Le scrutin est exclusivement ouvert aux hommes de plus de 21 ans, soit 136 715 électeurs pour une population de 885 000 personnes. Avec une vingtaine d’élus, la dynastie régnante des Al-Sabah, qui s’appuie sur les tribus bédouines conservatrices, est la bénéficiaire du scrutin. Les islamistes, toutes tendances confondues, obtiennent 17 députés sur 50, les libéraux sont pratiquement éliminés avec 3 sièges.

13 juillet : Mise en place du Conseil de gouvernement transitoire irakien.

22 juillet : Mort des fils de M. Saddam Hussein à Mossoul (Irak), abbatus, lors d’un raid des forces américaines contre une maison dans laquelle ils s’étaient retranchés.

7 août : Attentat contre l’ambassade de Jordanie de Bagdad, qui fait 17 morts et plus d’une cinquantaine de blessés.

19 août : Attentat à la bombe contre le siège des Nations Unies à Bagdad qui fait des centaines de blessés et 22 morts, dont l’envoyé spécial des Nations unies, Sergio Vieira de Mello, Représentant spécial du Secrétaire général en Irak.

1er septembre : Formation du premier gouvernement irakien jusqu’aux premières élections prévues pour 2004.

2-4 septembre : Visite officielle en Russie du prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz. Un accord quinquennal de coopération dans le domaine énergétique est signé et plusieurs entreprises russes et saoudiennes annoncent des projets communs, notamment dans les secteurs du gaz et du pétrole. Le président russe Vladimir Poutine évoque par ailleurs l’intention de la Russie, qui compte vingt millions de musulmans, d’intégrer l’Organisation de la conférence islamique (OCI).

25 septembre : L’ONU réduit son personnel en Irak pour des raisons de sécurité.

1er octobre : Poursuite de la construction du mur autour de la Cisjordanie.

12 octobre : Présentation du projet d’accord israélo-palestinien, dit « Pacte de Genève ».

16 octobre : L’ONU adopte à l’unanimité la résolution 1511 sur l’Irak, quatrième mouture d’un texte déposé début septembre 2003, qui donne au secrétaire général de l’ONU Kofi Annan toute latitude pour décider de la forme de l’engagement en Irak des Nations unies, auxquelles est dévolu un rôle crucial.

Octobre-novembre : Intensification des actes de violence quotidiens en Irak.

9 novembre : Attentat-suicide à la voiture piégée en Arabie saoudite, qui fait 17 morts et plus de 100 blessés dans un quartier résidentiel de Riyad , revendiqué par Al-Quaida.

11 novembre : Adoption de sanctions économiques contre la Syrie par le Congrès américain. Elles sont prévues par la « Loi pour la responsabilité de la Syrie et sur la souveraineté du Liban  » et s’inscrivent entre autres, en réaction au soutien apporté par la Syrie aux terroristes agissant en Irak. La loi demande également à la Syrie de mettre fin à l’occupation du Liban.

1er décembre : Signature du projet d’accord de paix israélo-palestinien, dit « Initiative de Genève ».

13 décembre : Capture de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein à Tikrit (Irak).

22 décembre : Sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) au Koweït. Les dirigeants des six pays (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) du CCG approuvent un pacte de lutte contre le terrorisme, et la déclaration finale réitère « la condamnation de toutes les formes de terrorisme » mais appelle à faire «  la distinction entre le terrorisme et la légitime résistance des peuples pour libérer leurs territoires occupés  ».

2004

29 janvier : Echange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah libanais. Après plusieurs mois de négociations entre Israël et le Hezbollah, sous l’égide d’une médiation allemande. Israël libère 400 prisonniers palestiniens et 31 autres personnes (un Allemand, 23 Libanais, cinq Syriens, deux Marocains) et remet les dépouilles de 60 combattants anti-israéliens, en majorité libanais. En échange, le Hezbollah libère un ressortissant israélien détenu depuis octobre 2000 et rend les corps de trois soldats israéliens.

2 février : Projet d’évacuation de 21 colonies israéliennes implantées dans la Bande de Gaza.

8 mars : Adoption de la Constitution provisoire en Irak.

22 mars : Assassinat du Palestinien Cheikh Yassine, fondateur du Hamas, dans un raid israélien ciblé.

21 avril : Attentat à la voiture piégée en Arabie saoudite, à Riyad, qui endommage un bâtiment du quartier général des forces de sécurité faisant cinq morts et 148 blessés. Il est revendiqué par les Brigades Al Haramain, groupe proche du réseau islamiste Al-Qaïda.

Mai : Scandale des exactions commises par les forces de la coalition sur des prisonniers irakiens à Abou Ghraib.

4 mai : Un pacte antiterroriste est signé par l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, l’Oman et le Qatar dans un contexte de multiplication des attentats en Arabie saoudite.

7 mai : Témoignage de M. Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la défense, sur les tortures subies par les prisonniers irakiens.

24 mai : Discours du président américain Bush sur l’Irak. Il annonce un plan en cinq étapes pour instaurer la liberté et la démocratie en Irak : remise de l’autorité à un gouvernement irakien souverain, aide à l’établissement de la stabilité et de la sécurité, reconstruction des infrastructures, encouragement à l’aide internationale, avancée vers des élections nationales libres.

Mai-juin : Série d’attentats contre des Occidentaux en Arabie saoudite. Le réseau terroriste islamique Al-Qaida revendique la série d’attentats (prises d’otages, assassinats…) contre des ressortissants étrangers travaillant dans le pays. Près de six millions d’étrangers travaillent en Arabie saoudite dont 35 000 Américains et 30 000 Britanniques.

6 juin : Un tribunal israélien condamne M. Marwan Barghouti, chef du Fatah en Cisjordanie, à cinq peines de prison à vie.

8 juin : Au Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani promulgue la première Constitution du pays adoptée le 29 avril 2003 par référendum.

28 juin : Dans un climat de violences incessantes depuis une semaine, l’administrateur américain M. Paul Bremer transfère officiellement le pouvoir au gouvernement provisoire irakien, dirigé par M. Iyad Allaoui, avec deux jours d’avance sur la date prévue du 30 juin pour éviter une surenchère des attentats.

Juin-juillet : Affrontements sanglants entre l’armée et les partisans d’un prédicateur musulman extrémiste au Yemen.

7 juillet : Entrée en vigueur d’une loi sur la sécurité nationale en Irak. Cette loi, dont la mise en application doit se faire avec l’aval et sous le contrôle de la justice, attribue au premier ministre Allaoui des pouvoirs exceptionnels pour lutter contre les rebelles.

13 juillet : Formation du gouvernement égyptien dirigé par M. Ahmad Nazif. Le nouveauPremier ministre forme un gouvernement de 34 membres.

Août-septembre : Multiplication des prises d’otages par la guérilla sunnite en Irak. Les enlèvements de ressortissants étrangers par des groupes armés sunnites se multiplient, y compris à Bagdad. Parmi eux, le journaliste italien Enzo Baldoni est kidnappé et assassiné.

Le 20 août : Deux journalistes français, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, sont à leur tour enlevés avec leur chauffeur syrien. Depuis mars-avril 2004, date des premiers enlèvements, une centaine d’étrangers ont été pris en otages dont 13 journalistes. Plus d’une vingtaine d’entre eux ont été exécutés.

Septembre 2004 : Depuis le début du mois, plus de 350 personnes ont péri en Irak, où le chaos s’accroît de jour en jour. Le cap des 1 000 soldats américains tués depuis mars 2003 est franchi et 7 000 soldats ont étéblessés.

2 septembre : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte par neuf voix favorables, six Etats membres s’abstenant, la résolution 1559, appelant au respect de la souveraineté du Liban et au retrait de toutes les troupes étrangères de son sol, visant implicitement la Syrie et exhortant celle-ci à cesser son ingérence dans les affaires libanaises.

3 septembre : Au Liban, M. Emile Lahoud voit son mandat présidentiel reconduit, ce qui suscite de vives réactions parmi la communauté internationale ainsi que d’une partie de l’opposition libanaise.

14 septembre : le Conseil de la Ligue arabe adopte une résolution intitulée « Solidarité avec la République libanaise » appuyant « le droit souverain du Liban à effectuer ses choix politiques internes  ».

7 octobre : Trois attentats anti-israéliens en Egypte. Trois attentats à la voiture piégée, faisant 34 victimes, sont commis simultanément à Taba, Noueibaa et Ras Satan, stations balnéaires du Sinaï habituellement fréquentées par les touristes israéliens.

26 octobre : Formation du gouvernement libanais dirigé par le nouveau premier ministre Omar Karamé qui succède à Rafic Hariri, démissionnaire le 20 octobre en raison de son désaccord avec le président Emile Lahoud. Pour la première fois, deux femmes entrent au gouvernement.

Novembre : Poursuite de l’offensive américano-irakienne contre la guérilla sunnite, plusieurs otages sont exécutés.

11 novembre : Décès de M. Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne.

Le 21 décembre : L’attaque d’une base américaine à Mossoul fait 22 victimes dont 20 soldats américains. Christian Chesnot et Georges Malbrunot sont libérés.

5 décembre : Retour de l’ambassade égyptienne à Tel-Aviv (Israël).

6 décembre : Attentat contre le consulat américain à Djedda en Arabie saoudite. Il est attaqué par un groupe armé « Brigade du martyr Abou Anas Al-Chami », qui se revendique d’Al-Qaida. L’attentat provoque la mort de cinq employés non américains du consulat et de quatre assaillants.

11 décembre : Première réunion du « Forum de l’avenir » du monde arabe à Rabat (Maroc). Créé en juin 2004 au sommet du G8 à Sea Island aux Etats-Unis, le Forum est une initiative conjointe des Etats du Moyen-Orient élargi et d’Afrique du Nord, du Groupe des huit pays industrialisés (G8) et d’autres partenaires pour encourager les pays de la région à entreprendre les changements nécessaires à l’émergence de la démocratie.

2005

Janvier : Déchaînement du terrorisme avant les élections en Irak.

9 janvier : Election du président de l’Autorité palestinienne. M. Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), candidat unique du Fatah, principal mouvement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), est élu avec 62,32 % des voix et succède à Yasser Arafat.

30 janvier  : Elections générales en Irak. Quatorze millions d’Irakiens sont appelés à voter à ces premières élections multipartites depuis 1953, malgré les attentats-suicides et les attaques qui font une quarantaine de morts ce 30 janvier. Ils élisent les 275 députés de l’Assemblée nationale transitoire et les membres des 18 conseils de province. Les Kurdes votent en même temps pour renouveler le parlement de leur région autonome.

14 février : Assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri à Beyrouth. L’attentat à la voiture piégée (18 morts, 220 blessés) dont il est victime a été revendiqué par un groupe islamiste inconnu, le « Groupe pour la victoire et la guerre sainte au Levant », qui lui reproche ses liens avec l’Arabie saoudite, tandis que la Syrie, est mise en cause par l’opposition libanaise.

Février-mars : Violences de la guérilla sunnite et entrée en fonction de l’Assemblée nationale provisoire en Irak. La guérilla sunnite continue à multiplier les attentats , faisant près de 450 morts durant cette période, notamment le 19 février contre la communauté chiite lors de la fête de l’Achoura (près de 100 tués sur l’ensemble du territoire), le 28 février à Hilla, au sud de Bagdad (118 tués et 133 blessés), le 10 mars à Mossoul contre des chiites (47 tués). En dépit du terrorisme quotidien, le 16 mars, les nouvelles institutions commencent à se mettre en place avec l’entrée en fonction officielle de l’Assemblée nationale transitoire élue démocratiquement le 30 janvier 2005.

22-23 mars : Dix-septième sommet de la Ligue arabe à Alger. En présence de 14 chefs d’Etat du monde arabe, le sommet adopte une résolution réactivant le plan de paix adopté par le sommet de Beyrouth en 2002, basée sur le retrait israélien des territoires arabes occupés et la création d’un Etat palestinien, proposition rejetée par Israël.

29 mars : Deuxième rapport d’enquête sur le programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture » en Irak . Lire notre dossier.

Février-avril : Les Saoudiens sont appelés à élire la moitié des membres des conseils municipaux en trois phases : le 10 février dans la province de la capitale Ryad, le 3 mars dans les provinces de l’est et du sud-ouest, le 21 avril dans les provinces du nord et de l’ouest où se situent La Mecque et Médine. Ce scrutin à portée limitée marque la première étape d’un long processus d’ouverture politique entamé par la monarchie conservatrice saoudienne qui, cette année, a cependant refusé aux femmes le droit d’être candidates et de voter.

28 février : Crise politique au Liban. Le premier ministre Omar Karamé démissionne sous la pression de l’opposition et de dizaines de milliers de manifestants, qui exigent la vérité sur l’assassinat le 14 février de l’ex-premier ministre Rafic Hariri ainsi que le retrait des quelque 14 000 soldats syriens stationnés sur le territoire libanais.

5 mars : Le président syrien Bachar Al-Assad annonce ce retrait en deux étapes dont la première s’effectue à partir du 8 mars alors que 400 000 personnes manifestent à Beyrouth leur soutien à la Syrie

Lundi 01 Mai 2006
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/07/ACHCAR/12351
juillet 2005 -  Pages 10 et 11

Effervescence au Proche-Orient
Chances et aléas du printemps arabe

Le monde arabe s’enfonce dans une crise sociale, économique et politique. Des régimes autoritaires, monarchiques ou républicains, monopolisent le pouvoir, alors que les populations aspirent à la démocratie. Et ce ne sont pas les interventions militaires qui accéléreront le changement dans cette région tourmentée.

Par Gilbert Achcar
Université Paris-VIII et Centre Marc-Bloch (Berlin). Derniers ouvrages parus : L’Orient incandescent, Editions Page deux, Lausanne, 2003, et Le Choc des barbaries, 10/18, Paris, réédition 2004.

Trois événements récents ont marqué le Proche-Orient : le décès de Yasser Arafat, le 11 novembre 2004, suivi de l’élection de M. Mahmoud Abbas à la présidence de l’Autorité palestinienne le 9 janvier ; la participation d’une majorité de l’électorat irakien aux élections du 30 janvier 2005 ; et enfin l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais, Rafic Hariri, le 14 février 2005, suivi d’une protestation de grande ampleur exigeant le retrait des troupes syriennes du Liban et la fin de la tutelle pesante de Damas sur les institutions du pays.

S’y sont ajoutés des événements d’une portée plus réduite, comme les élections municipales – en trois étapes, de février à avril – en Arabie saoudite, ou encore l’annonce, en février, par le président égyptien Hosni Moubarak, d’une réforme de l’élection présidentielle au terme de laquelle le suffrage universel pourra choisir entre plusieurs candidats, alors que jusque-là le candidat unique était désigné par le Parlement et ratifié par voie plébiscitaire.

Par leur conjonction, ces événements – que d’aucuns ont qualifiés de « printemps arabe » – ont suscité un flot de commentaires dans la presse mondiale, dont l’impressionnisme était empreint parfois de naïveté. Pour nombre d’ex-détracteurs de George W. Bush, c’était à qui battrait le plus fort sa coulpe pour reconnaître, sur un ton plus ou moins contrit, que sa politique produisait, somme toute, de bons résultats, tandis que les partisans de toujours du président états-unien affichaient une autosatisfaction à la mesure de la sienne et de celle de sa secrétaire d’Etat. Or nombre de faits notoires contredisent cette impression dominante. Ainsi, Yasser Arafat, lui-même élu démocratiquement au suffrage universel, n’avait cessé de réclamer le droit d’organiser de nouvelles élections palestiniennes. Elles lui furent refusées parce que la population palestinienne l’aurait très certainement reconduit à son poste.

Les élections irakiennes furent imposées de haute lutte par une mobilisation massive organisée en janvier 2004, à l’appel du grand ayatollah Ali Sistani, contre le proconsul américain Paul Bremer et ses patrons à Washington, qui tentaient d’imposer aux Irakiens une Assemblée constituante désignée par l’occupant. Quant à la mobilisation impressionnante de l’opposition au Liban, c’est l’assassinat de Rafic Hariri qui la déclencha, et non une quelconque action de Washington – à moins de lui attribuer la responsabilité de l’attentat !

Régimes autoritaires, régimes traditionnels

Dans le cas des régimes dépendants des Etats-Unis, comme le « royaume protégé » saoudien ou le régime égyptien, principal récipiendaire après Israël de l’aide étrangère des Etats-Unis (1), la pression de Washington est, certes, directement responsable de la réforme. Mais il faut une conception très restrictive de la « démocratisation » pour se féliciter d’élections saoudiennes devant choisir une moitié seulement des conseillers municipaux (l’autre moitié restant désignée par la monarchie), par vote des nationaux, à l’exclusion des femmes, et ce dans un pays sans Parlement où, de surcroît, les partis politiques sont strictement interdits.

Quant à la réforme promise par le président égyptien, elle ne constitue en rien un gage de démocratisation réelle : la nouvelle loi – adoptée par le Parlement égyptien le 10 mai, et ratifiée, le 25, par un référendum qu’a dénoncé l’opposition – est rédigée de telle sorte qu’elle écarte toute candidature non approuvée par le président lui-même. En effet, tout candidat à l’élection présidentielle doit désormais réunir 250 parrainages d’élus, parmi lesquels au moins 65 membres de l’Assemblée du peuple – dont le Parti national démocratique du président Moubarak détient 412 des 454 sièges.

C’est dire que l’on est encore loin du compte en matière de démocratie dans cette partie du globe, dont l’équipe rédactrice des rapports sur le monde arabe du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) vient de dresser un bilan accablant quant à l’état des « libertés » au sens large – en ajoutant aux libertés civiles et politiques les droits sociaux, économiques, éducatifs et environnementaux (2).

Comme l’année dernière, et au grand dam de Washington (3), la nouvelle livraison du rapport du PNUD – troisième d’une série de quatre (4) – désigne l’occupation israélienne des territoires palestiniens et l’occupation de l’Irak comme entraves au « développement humain » dans le monde arabe, sans pour autant exonérer les régimes arabes de leurs responsabilités. Pour la plupart, ces derniers – tant les régimes autoritaires que les régimes « traditionnels » qui se servent de la religion – répriment les libertés fondamentales d’opinion, d’expression et d’association, et ce avec encore plus de sévérité depuis qu’ils se prévalent des exigences de la lutte contre le terrorisme.

Le rapport décrit l’absence de légitimité démocratique de la plupart des régimes arabes, qui dénaturent les mécanismes électoraux et les institutions représentatives en faussant les règles du jeu. Les institutions judiciaires y sont rarement indépendantes des gouvernements, quand il ne s’agit pas purement et simplement de juridictions d’exception. Même lorsqu’ils sont tolérés, les partis politiques d’opposition sont le plus souvent marginalisés par toutes sortes d’entraves.

Les citoyens arabes ne jouissent pas de l’habeas corpus, ni même d’une garantie de leur droit à la vie, se retrouvant souvent pris entre le feu de groupes extrémistes meurtriers et celui de pouvoirs peu soucieux d’épargner les innocents. Les femmes, ainsi que, très fréquemment, les minorités culturelles, religieuses ou ethniques, subissent une « double persécution », leur oppression spécifique s’ajoutant à l’oppression générale.

Le rapport qualifie, de façon saisissante, l’Etat arabe contemporain de « trou noir » : à l’instar du phénomène astronomique du même nom, il absorbe dans son champ de gravitation – au centre duquel se tient un pouvoir exécutif omnipotent – les forces vives de la société. Tout cela débouche, avec l’érosion des légitimités traditionnelles ou charismatiques, religieuses ou nationalistes, sur un appauvrissement de la vie politique, que les organisations de la société civile n’ont pas été à même de surmonter.

Le rapport ne s’arrête toutefois pas à la description des symptômes : il établit un diagnostic identifiant les causes du déficit démocratique arabe. Il écarte les explications « culturalistes » qui renvoient à des perceptions biaisées de l’Orient, de l’islam ou de la « mentalité arabe », contredites, par exemple, par une enquête comparative internationale (5). En outre, la compatibilité du corpus islamique avec la démocratie est affaire d’interprétation (6) : en définitive, les exégèses sont choisies en fonction de pratiques dont la source première n’est pas religieuse.

Le rapport dresse un bilan sévère de l’attitude dans la région arabe des puissances mondiales, peu soucieuses d’y promouvoir la démocratie, car motivées par deux considérations majeures, le pétrole et l’Etat d’Israël, auxquelles s’est ajouté le terrorisme. D’autre part, les principales forces populaires d’opposition à la domination occidentale, qu’elles soient nationalistes ou islamistes, ont eu, historiquement, un rapport strictement utilitaire avec la question des libertés démocratiques. La nature antidémocratique, réelle ou supposée, de certaines oppositions islamistes a servi, et sert encore, d’argument pour justifier le déni de démocratie – ce que le rapport appelle « le piège des premières et dernières élections ».

L’état des libertés dans le monde arabe est associé aux structures sociales prédominantes. Le rapport met en cause la survivance de traditions issues du tribalisme et un système d’enseignement qui inculque la servitude volontaire, ainsi que la pauvreté et l’accroissement des inégalités sociales entravant la participation politique des plus démunis. En outre, la part des revenus budgétaires fournie par la rente, dans le cas des pays pétroliers en particulier, affranchit l’Etat du devoir de rendre des comptes aux citoyens contribuables.

Catastrophe imminente

Au chapitre des solutions, le rapport du PNUD préconise, pour l’essentiel, des remèdes convenus aux déficits diagnostiqués : un ensemble de réformes politiques, législatives et constitutionnelles visant à instaurer des institutions démocratiques. Sans écarter la possibilité d’un rôle positif des pressions étrangères, le rapport considère qu’elles doivent respecter les droits et les volontés populaires et s’abstenir de toute relation de tutelle.

Le tableau d’ensemble ainsi brossé par le rapport du PNUD est édifiant, même s’il n’apporte rien de vraiment nouveau aux familiers de la région. Le fait même qu’il émane d’une agence des Nations unies et qu’il ait été rédigé par des auteurs arabes, dont plusieurs intellectuels de renom, en fait un instrument dont les démocrates arabes peuvent se servir utilement sans encourir les disqualifications démagogiques habituelles.

Le rapport souffre cependant des limitations dues aux conditions mêmes de sa fabrication en tant que rapport d’agence intergouvernementale. Etrangement, il sous-estime le rôle, pourtant fondamental, joué par les télévisions satellitaires – en particulier la chaîne pionnière Al-Jazira (7) – dans l’émergence d’une opinion publique arabe autonome. De ce fait, son constat paraît exagérément sombre quant au potentiel politique des populations arabophones. Dans ses critères démocratiques, il fait preuve d’une trop grande circonspection au sujet de la religion : alors que la séparation de la religion et de l’Etat devrait être posée comme une condition primordiale de la liberté, le rapport va jusqu’à considérer que la désignation constitutionnelle de la charia comme source de la législation n’est pas incompatible avec les droits humains.

Enfin et surtout, le rapport s’adresse tant aux gouvernants qu’aux gouvernés pour effectuer le changement nécessaire. Afin d’éviter la « catastrophe imminente » qui résulterait d’une explosion sociale – dont le rapport craint qu’elle ne débouche sur une guerre civile –, les réformateurs du pouvoir et de la société civile doivent négocier une redistribution politique en vue de réaliser la « bonne gouvernance ». Perspective bien vaine au vu de la réalité de l’oppression caractéristique de la plupart des pays arabes et de la nature sociale des gouvernements.

Une étude libre de toute contrainte institutionnelle conclurait plutôt à la nécessité d’un rassemblement des forces démocratiques afin d’imposer par « en bas » des changements radicaux – qui seront d’autant moins violents qu’ils seront massifs, comme l’histoire l’a amplement démontré et comme l’actualité récente l’a encore confirmé. En outre, il ne saurait y avoir de consolidation de la démocratie sans redistribution majeure de la propriété et des revenus, dans cette partie du monde où subsistent de nombreux Etats patrimoniaux dont les familles régnantes s’approprient encore une part considérable des ressources nationales, agricoles et minières. C’est pourquoi il paraît beaucoup plus illusoire d’instaurer durablement les libertés et la démocratie par une action concertée avec une partie des classes dirigeantes dans le monde arabe que, jadis, dans les monarchies absolues européennes ou, naguère, dans les dictatures bureaucratiques d’Europe centrale et orientale.

Mais la pire des illusions est de prétendre accomplir ces changements par une intervention militaire extérieure, qu’elle soit ou non suivie d’occupation. L’Irak devient l’illustration la plus éclatante – dans tous les sens de l’adjectif – de l’inadéquation de la méthode adoptée par Washington eu égard au but affiché. La situation politique y évolue dangereusement dans le sens de tensions croissantes interethniques et interconfessionnelles : plus l’occupation se prolonge et plus la prophétie des responsables de l’occupation, selon laquelle le départ de leurs troupes signifierait le début d’une guerre civile, devient autoréalisatrice. Par ailleurs, le spectacle du chaos dans lequel s’enfonce l’Irak risque de discréditer l’idée même de démocratie aux yeux des populations arabes.

La question qui se pose, toutefois, n’est pas tant celle de la validité de l’occupation militaire comme moyen de changement démocratique dans le monde arabe – on s’accordera aisément à reconnaître qu’elle ne peut être que contre-productive – que celle de la réalité des prétentions affichées par l’administration Bush quant à la promotion de la démocratie dans cette région. Or il n’est qu’à considérer les « deux poids et deux mesures » dont use cette administration dans ses rapports avec les régimes arabes pour se convaincre que, malgré toutes les proclamations quant au « nouveau paradigme » qu’elle aurait introduit en politique étrangère, rien n’a vraiment changé à Washington sur ce plan (8).

En effet, si l’amitié que porte M. George W. Bush à ses pairs doit être mesurée à l’aune des invitations à son ranch texan de Crawford, comme il veut bien le laisser entendre lui-même, alors la façon chaleureuse dont il y a reçu, en avril 2005, et très ostensiblement – jusqu’à évoluer devant les caméras la main dans la main avec son invité – le prince héritier saoudien Abdallah, dirigeant d’un Etat obscurantiste et oppresseur des femmes, indique bien à quel point on continue, à Washington, de considérer le royaume saoudien comme un allié de la plus haute importance. Il aura suffi, par ailleurs, au président libyen Muammar Kadhafi de permettre à MM. Bush et Blair d’annoncer, en décembre 2003, qu’il renonçait à tenter de se doter d’armes de destruction massive pour devenir fréquentable, comme en témoignent depuis lors les visites successives de MM. Blair, Silvio Berlusconi, Gerhard Schröder et Jacques Chirac à Tripoli.

Pour autant, il est indéniable que le coup de pied états-unien dans la fourmilière arabe que fut l’invasion de l’Irak, suivi des déclarations « démocratiques » d’une administration Bush cherchant à pallier l’effondrement du prétexte des armes de destruction massive, a contribué à déstabiliser la région. Cela se traduit par la montée d’expressions et de contestations populaires jusque-là étouffées sous la chape de plomb de l’« exception despotique arabe (9 ».

Or les résultats de ce qui est censé être une nouvelle vague de démocratisation propre aux Etats du Proche-Orient – complétant celles qu’ont connues les Etats ex-fascistes après 1945 et les Etats ex-communistes après 1989 – ne répondent guère, jusqu’ici, aux vœux de Washington. La déstabilisation de la région a ouvert des brèches dans lesquelles se sont engouffrées, de façon prédominante, des forces politiques perçues par les Etats-Unis comme inquiétantes, sinon hostiles.

Le décès de Yasser Arafat et son remplacement par M. Mahmoud Abbas ont entraîné, faute d’avancées israéliennes, une montée en force du mouvement islamiste Hamas, émanation palestinienne du mouvement des Frères musulmans, qui a décidé d’investir l’arène électorale après l’avoir longtemps boycottée. Les élections irakiennes ont marginalisé l’homme lige de Washington, l’ex-premier ministre Iyad Allaoui, et ont été remportées par une coalition de partis et de forces majoritairement chiites et intégristes, dont les sympathies vont plus à l’Iran qu’aux Etats-Unis. Les démonstrations de force du Hezbollah ont alimenté la hantise, largement mythique (lire Les chiites écartelés entre Téhéran et Bagdad), de Washington et de ses alliés arabes sunnites : l’essor d’un « croissant chiite » qui s’étendrait du Liban à l’Iran, en passant par le « pouvoir alaouite » de Syrie et les chiites irakiens.

Même le régime du président égyptien Moubarak se voit confronté à une vague de manifestations de la part d’une opposition revigorée, inspirée par les exemples irakien et libanais, et largement dominée par le mouvement des Frères musulmans – comme d’ailleurs les oppositions en Jordanie et en Syrie. Matrice du courant moderne de l’islamisme à vocation directement politique, la célèbre confrérie a d’ailleurs décidé de lancer une offensive politique à l’échelle régionale pour tirer avantage de la déstabilisation à laquelle Washington a grandement contribué, volontairement et – bien plus – involontairement.

Confrontée aux résultats alarmants de sa propre politique, l’administration Bush, encouragée par la monarchie saoudienne et au grand dépit de ses néoconservateurs, essaie à présent de conjurer le mauvais sort en cherchant à établir un dialogue avec les Frères musulmans – présentés à nouveau comme « islamistes modérés », une qualification qui avait disparu un temps du vocabulaire en vogue à Washington (10). Au bout du compte, les Etats-Unis se retrouvent encore une fois, au Proche-Orient, dans la posture de l’apprenti sorcier.

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sources : Arab Human Development Report, 2004.. Programme des Nations unies pour le développement, New York, 2005.


(1) L’aide états-unienne à l’Egypte atteint en moyenne 2 milliards de dollars par an, dont 1,3 milliard de dollars d’aide militaire – priorité éloquente pour un pays où règne une grande misère !

(2) PNUD (avec des partenaires arabes), Rapport 2004 sur le développement humain dans le monde arabe, rendu public le 5 avril 2005 et disponible en téléchargement (en arabe et en anglais – gratuit en arabe ; version française annoncée) à partir du site du PNUD.

(3) Lire « Le nouveau masque de la politique américaine au Proche-Orient », Le Monde diplomatique, avril 2004.

(4) Le rapport 2002, bilan général du développement humain dans le monde arabe, avait identifié trois problèmes majeurs : le savoir, la liberté et le statut des femmes. Le rapport 2003 était consacré à « la construction d’une société du savoir ». Le rapport 2005 portera sur la question féminine.

(5) Ronald Inglehart, « The Worldviews of Islamic Publics In Global Perspective, 2005 », (World Values Survey)./ (lire L’opinion musulmane rejette-t-elle la démocratie ?).

(6) Le célèbre professeur de Princeton Bernard Lewis a lui-même réfuté vigoureusement, dans nombre de travaux, la thèse de l’incompatibilité entre l’islam et la démocratie – tout dernièrement encore dans « Freedom and Justice in the Modern Middle East », Foreign Affairs, vol. 84, n° 3, mai-juin 2005. Il est vrai que, dans son cas, il s’agit surtout de justifier l’intervention musclée des Etats-Unis au Proche-Orient – il a soutenu l’invasion de l’Irak et préconisé la subversion du régime iranien – au nom de la démocratie, nouvelle version de la « mission civilisatrice » des temps coloniaux.

(7) Lire Olfa Lamloum, Al-Jazira, miroir rebelle et ambigu du monde arabe, La Découverte, Paris, 2004.

(8) Cet article se limite au monde arabe, mais le constat s’étend de fait à la politique états-unienne dans l’ensemble du monde musulman et au-delà. Lire à ce sujet l’article de David Sanger, « There’s Democracy, and There’s an Oil Pipeline », The New York Times, New York, 29 mai 2005.

(9) Lire « Le monde arabe orphelin de la démocratie », Le Monde diplomatique, juin 1997, où était exprimée une opinion similaire à celle du rapport du PNUD quant aux ressorts extérieurs du despotisme arabe.

(10) Les débats que cette ouverture de Washington suscite auprès de la mouvance des Frères musulmans peuvent être suivis sur www.islamonline.net


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