Présentation

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Lundi 01 Mai 2006

La chute de la dynastie fâtimide

Le lundi 8 décembre 2003.

Les vizirs de la dynastie fâtimide s’étaient emparés des rênes du pouvoir en Égypte dès la seconde moitié du cinquième siècle hégirien. Avait alors commencé l’ère des Grands Vizirs qui exercèrent une autorité absolue sur l’Empire fâtimide, allant jusqu’à choisir eux-mêmes les Califes qui n’entraveraient point leurs plans.

Parmi les plus illustres de ces Vizirs figuraient Al-Afdal Ibn Badr Al-Jamâlî, sous le règne du Calife Al-Musta`lî Billâh (1094 - 1101) et du Calife Al-Âmir Bi-Ahkâm Allâh (1101 - 1129), ou encore Talâ’i` Ibn Ruzayq, sous le règne du Calife Al-Fâ’iz (1154 - 1160), ou encore Asad Ad-Dîn Shîrkûh et son neveu Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî, Saladin, sous le règne du Calife Al-`Âdid, dernier calife fâtimide (1160 - 1171).

 

Le règne d’Al-`Âdid

 

Fort de son autorité sur tout l’Empire, le Vizir Talâ’i` Ibn Ruzayq choisit, en 1160, l’un des descendants de la famille régnante, `Abd Allâh Yûsuf Ibn Al-Hâfidh qu’il surnomma Al-`Âdid Li-Dîn Allâh, pour devenir Calife d’Égypte. Étrange époque où le Ministre choisissait son souverain... Le Calife était encore très jeune, dépassant à peine sa onzième année : il naquit en effet le 15 mai 1151.

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Pièce d’or frappée au nom du dernier Calife fâtimide, Al-`Âdid Li-Dîn Allâh

Les Vizirs de la fin de la dynastie fâtimide avaient pris l’habitude de choisir les Califes très jeunes, afin d’être plus à même de diriger sans entrave le pays. Al-`Âdid parvint néanmoins, en 1161 et avec l’aide de quelques princes, à se débarrasser de son Vizir qui le privait de l’exercice de toute autorité. Il nomma à la place du Vizir déchu le propre fils de ce dernier, Al-`Âdil Ibn Talâ’i`, qui exerça ses fonctions pendant deux ans, avant d’être destitué par Shâwar, le gouverneur de la Haute Égypte, en 1163.

 

La lutte pour le vizirat

 

Dû au fait que le poste de vizir provoquait la convoitise d’un grand nombre de généraux et d’hommes d’État, des courses effrénées entre les prétendants au poste s’engagèrent. Ce fut pour cette raison que Shâwar ne put profiter pleinement de sa nouvelle fonction. Dirghâm, l’un des plus grands hommes d’État de l’époque, parvint à l’évincer et à prendre sa place au vizirat. Shâwar s’enfuit alors en Syrie implorant l’aide de Nûr Ad-Dîn Mahmûd, Sultan de Damas, pour qu’il l’aidât à regagner son poste. Simultanément, Dirghâm entra en contact avec le Roi Amaury Ier de Jérusalem pour lui demander également son aide.

Nûr Ad-Dîn Mahmûd et Amaury Ier répondirent à l’appel, chacun de son côté. Nûr Ad-Dîn envoya ainsi en 1164 une armée en Égypte, sous le commandement de Asad Ad-Dîn Shîrkûh et de son neveu Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî, qui avait alors vingt-sept ans. Les Croisés se présentèrent également en Égypte, sous le commandement du Roi Amaury Ier. Trois campagnes se succédèrent ainsi entre Nûr Ad-Dîn et Amaury Ier pour le contrôle de l’Égypte. Elles aboutirent à la défaite des Croisés, à la victoire de l’armée de Nûr Ad-dîn et à l’élimination des deux vizirs rivaux. Asad Ad-Dîn Shîrkûh fut promu au vizirat en 1169.

Asad Ad-Dîn était devenu le véritable maître du pays, après sa nomination par le Calife Al-`Âdid qui le surnomma d’ailleurs Al-Malik Al-Mansûr Amîr Al-Juyûsh, le Roi Victorieux, Chef des armées, et qui lui donna l’autorité sur toutes les affaires de l’État. Shîrkûh se montra tout à fait digne de la responsabilité qui lui fut assignée. Pendant la brève période où il exerça sa fonction de vizir, il parvint à réaffirmer l’autorité de l’État sur le pays, cahotant depuis quelques décennies déjà dans une inquiétante anarchie. Il mourut néanmoins environ trois mois après son accession à son poste. Lui succéda son neveu Salâh Ad-Dîn.

 

Salâh Ad-Dîn scelle la fin de la dynastie

 

Dès qu’il entra dans ses nouvelles fonctions, Salâh Ad-Dîn commença par ancrer solidement ses positions dans le pays et par renforcer son autorité et son pouvoir. Par sa politique, il parvint à s’attirer l’amour et les égards des Égyptiens. Il gagna ainsi leur confiance par sa justice et sa transparence. Il assigna pour ce faire des amis et des proches à la direction de l’État, tout en éloignant du Caire les hommes du Calife et en restreignant leur autorité. Il leur confisqua ainsi leurs terres et les redistribua à ses hommes. Il empêcha en outre le Calife de s’adresser à la population et l’astreignit à demeurer dans son palais. Il fit enfin en sorte que le nom de Nûr Ad-Dîn Mahmûd suivît celui du Calife fâtimide, lors du sermon du vendredi.

Toutes ces mesures provoquèrent l’ire des gens du Palais et des hommes du Calife, notamment la Garde personnelle de ce dernier, composée essentiellement d’esclaves noirs affranchis. Tous ces opposants complotèrent alors un assassinat contre Salâh Ad-Dîn en 1169. Celui-ci eut néanmoins vent de ce qui était instigué derrière les coulisses et parvint à arrêter le chef de file de ces putschistes. Les troubles ayant été matés, Salâh Ad-Dîn entreprit une grande démarche visant à faire définitivement chanceler la dynastie fâtimide : il décida de remplacer la doctrine shî`ite par la doctrine sunnite. Il fit ainsi construire des universités dispensant un enseignement sunnite. L’Université An-Nâsiriyyah du Caire, d’obédience chaféite, était la première université fondée par Salâh Ad-Dîn en Égypte. Vint ensuite une autre université dispensant un enseignement malékite. Cette politique fut poursuivie par les membres de sa famille et les hommes de son État, qui firent également construire d’autres universités sunnites.

Dans le cadre de ce remplacement de la doctrine shî`ite par la doctrine sunnite, Salâh Ad-Dîn nomma le Chaféite Sadr Ad-Dîn `Abd Al-Malik Ibn Dirbâs au Ministère de la Justice. La conséquence de cette nomination était que les juges d’Égypte furent tous chaféites. Ce fut ainsi que la doctrine sunnite retrouva toute sa vigueur et que la doctrine ismaëlite s’éteignit peu à peu au pays du Nil.

Malgré l’autorité désormais incontestée de Salâh Ad-Dîn, celui-ci ne se hâta pas de remplacer, au sermon du vendredi, la mention du Calife fâtimide Al-`Âdid par celle du Calife `abbâside Al-Mustadî’ Bi-Nûr Allâh. La mention du nom du Calife au sermon du vendredi symbolisait en effet une allégeance hebdomadairement entretenue par la population pour celui qu’elle reconnaissait comme souverain. Or, Salâh Ad-Dîn, dans sa volonté d’unifier la nation musulmane, cherchait à ramener l’Égypte fâtimide sous la tutelle du Califat `abbâside de Bagdad. Remplacer, dans le sermon du vendredi, le nom du Calife fâtimide par celui du Calife `abbâside ne signifiait ni plus ni moins qu’un changement d’allégeance et de souverain. C’était cette décision finale qui signait de fait l’arrêt de mort de la dynastie fâtimide qui inquiétait le plus Salâh Ad-Dîn. Malgré les pressions exercées par Nûr Ad-Dîn, Salâh Ad-Dîn demeurait hésitant, si bien que le Sultan de Damas crut que Salâh Ad-Dîn, fort de sa position en Égypte, se rebellait contre lui. Mais ce dernier s’excusa, expliquant qu’il craignait la réaction des Égyptiens si une telle mesure était prise.

Devant l’insistance de Nûr Ad-Dîn Mahmûd, Salâh Ad-Dîn décida de réunir ses subordonnés pour les consulter sur cette grave question. Beaucoup d’hésitations entachèrent la réunion. Ce fut finalement le juriste Al-Amîr Al-`Âlim qui coupa court à ces hésitations et qui déclara que dès le vendredi suivant, au cours de son sermon, il mentionnerait le nom du Calife `abbâside. C’était le premier vendredi de l’année 567 de l’Hégire (septembre 1171). Nul, parmi la population, ne protesta.

Au deuxième vendredi, Salâh Ad-Dîn ordonna à l’ensemble des orateurs des mosquées du Caire de ne plus mentionner le nom d’Al-`Âdid, mais de le remplacer par le nom du Calife de Bagdad. C’était la fin du Califat fâtimide et le retour de l’Égypte sous la coupe du Califat `abbâside.

Al-`Âdid était alors gravement malade et nul, parmi sa famille ou ses proches, ne lui apprit la nouvelle. Il mourut quelques jours plus tard, marquant ainsi la fin de la dynastie fâtimide, cette dynastie qui dura plus de 250 ans et dont les premiers califes régnèrent sur un territoire s’étendant de l’Océan Atlantique jusqu’au Golfe Persique.

Lundi 01 Mai 2006

Les Musulmans entre le colonialisme et le sionisme

Le lundi 5 décembre 2005.

Les deux continents que sont l’Asie et l’Afrique rassemblent environ les deux tiers de l’humanité, et y fourmillent des religions diverses et variées.

Bien que le polythéisme y occupe encore une large superficie, l’Islam demeure la première religion monothéiste de ces deux continents. La foi musulmane est partagée par l’écrasante majorité des Africains, ainsi que par de nombreux peuples et grands pays asiatiques.

La colonisation occidentale, mue par de vieux instincts croisés, s’efforce d’affaiblir les forces de l’Islam, de déchirer son union, de troubler son parcours, de semer des obstacles devant ses peuples, et de fournir des efforts rusés pour amener les disciples de cette religion à en dévier et à s’en frustrer.

Nul doute que l’ère de l’attardement que vivent les Musulmans depuis deux siècles a aidé leur ennemi de manière très efficace, et a permis le succès d’un grand nombre de ses complots.

L’objectif que vise le colonialisme à long terme est de déraciner l’Islam de ses fondements et d’éradiquer les groupes qui s’y cramponnent.

Toutefois, au cours des longues étapes précédant la réalisation de cet énorme projet, il lui arrive de s’adoucir et de se radicaliser, de battre en retraite et de reprendre du terrain, de se montrer et de se cacher. Les efforts des orientalistes et des missionnaires chrétiens d’une part, et les plans des politiciens dans les domaines économique, militaire et culturel d’autre part, s’unissent pour parvenir à cette fin souhaitée.

Si nous avons pu constater par exemple ce qu’ont préparé les missionnaires chrétiens pour l’avenir de l’Islam en Indonésie, nous sommes également en droit de constater que l’atmosphère politique, dans ce pays et ailleurs, contribue de manière effective à réaliser les souhaits et les desseins du croisisme.

Ceci d’une part... D’autre part, afin de mieux maîtriser l’attaque lancée contre le monde musulman, hagard et ensanglanté, les forces de l’invasion missionnaire ont jugé utile de se réconcilier entre elles, et de dissoudre les vieilles divergences qui divisaient leurs rangs. C’est ainsi que les Catholiques, les Protestants et les Orthodoxes ont harmonisé leurs efforts, et ont fait en sorte que leurs Églises respectives se soutiennent mutuellement pour servir le Christianisme, face à leurs adversaires traditionnels.

Pour notre part, nous nous réjouissons d’apprendre la fin des vieilles hostilités entre les Églises ennemies, mais nous aurions aimé que cette union se fasse pour combattre l’athéisme et mettre fin à ses maux qui menacent l’humanité des pires catastrophes.

Est-ce là ce qui a poussé à rassembler les rangs adverses ? Ce n’est pas ce à quoi pensaient ces gens.

Tout ce que nous voyons démontre que cette rencontre s’est faite dans le but de préparer la confrontation avec l’éveil islamique, qui risque de surgir après que la plupart des pays de l’Orient se sont délivrés du colonialisme et après que les peuples somnolents se sont réveillés et ont commencé à inspecter leur conscience et leur raison, comme ils inspecteraient leurs poches et leur maison après une lutte amère contre les voleurs de consciences et d’argent...

Nous observons sur de nombreux fronts l’injustice pesant sur l’Islam et les Musulmans, et nous parvenons toujours à cette conclusion que ce sont les congrès organisés par l’activité missionnaire internationale qui sont derrière cette politique.

Les dignes représentants de l’Islam, jaloux de leur religion, ont accouru de toutes parts pour attirer l’attention de leur Communauté sur les menaces imminentes qui les guettent, succédant aux menaces déjà réalisées. Au Caire, s’est ainsi formé le Groupe pour le Rapprochement entre les Écoles de Pensée Musulmanes, réunissant l’élite des savants musulmans, sunnites et shî`ites, qui travaille à réunir les éléments dispersés de la Communauté et à reconstruire les parties avariées de son entité.

Voici un extrait des nouvelles rapportées par la revue du Groupe pour le Rapprochement, Risâlat Al-Islâm, qui lance un avertissement dénotant de la gravité de la situation :

« Écoutez Musulmans...

Le monde chrétien cherche aujourd’hui à constituer un bloc. Dans une volonté d’œcuménisme, les prêtres tentent de se réconcilier et de s’unir, malgré les différences essentielles qui existent entre leurs dogmes respectifs et entre les livres auxquels ils croient. Une activité ecclésiastique de grande envergure est menée pour la concrétisation de cet espoir. On organise des prières, on distribue des tracts... Les allocutions, les agences de presse, les conférences sont mobilisées pour soutenir et supporter vigoureusement le mouvement œcuménique de rassemblement et d’union. Que les Musulmans tendent l’oreille à ce qui se passe et qu’ils prêtent attention aux intentions et aux objectifs, à plus ou moins long terme, de ce mouvement.

Par ce bloc, on veut former un front uni qui fera face au message de l’Islam, après l’échec connu par les organisations missionnaires et les associations orientalistes de propagande colonialiste. Que Dieu agrée le Commandeur des Croyants `Alî Ibn Abî Tâlib qui dit dans l’un de ses discours :

« Grande est ma stupéfaction, stupéfaction me brisant le cœur, préoccupant mon esprit et augmentant ma détresse, lorsque je vois ces gens se soutenir mutuellement pour défendre leur erreur, et lorsque je vois dans le même temps votre incapacité à défendre votre bon droit, au point que vous êtes devenus une cible qu’on vise et qui ne vise guère, qu’on attaque et qui n’attaque guère. » »

 

S’il reste donc, parmi certains groupes de la Communauté islamique, des gens qui posent des obstacles sur le chemin de la concorde, qui œuvrent à semer la division et à faire ressurgir les méprisables haines ancestrales, nous leur adressons alors cette sage parole `alawite, consternés que nous sommes par leur position vis-à-vis de leurs frères croyants et de la position des ennemis de l’Islam qui œuvrent pour la réconciliation et l’union !

Voici quelques extraits de la dernière publication du Bureau chrétien de la communication :

 

La Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens

 

  • « Genève — Une nouvelle fois, des Chrétiens originaires de plus de cinquante pays différents se réunissent du 18 au 25 janvier 1961 et prieront pour l’unité des Chrétiens.

    Le thème de cette semaine de janvier 1961 portera sur le service : « Or, moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » (Évangile de Luc, 22 : 27). C’est en même temps l’un des trois thèmes qui seront étudiés par l’Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises (COE) qui se tiendra à New Delhi, Inde, entre le 18 novembre et le 6 décembre 1961. Le département
    Foi et Constitution du COE qui organise depuis plusieurs années la Semaine de l’Unité des Chrétiens vient de publier une petite brochure contenant des prières et des textes tirés de la Bible, tout comme il a publié un livret à l’intention des Catholiques romains traitant du même thème.

    Le Professeur Lukas Vischer, secrétaire du département
    Foi et Constitution, a mis l’accent sur l’augmentation du nombre de participants à la Semaine de Prière, disant se réjouir personnellement de la participation des pays asiatiques à cette manifestation. »

 

Bientôt va se tenir la séance d’ouverture de la Troisième Assemblée du Conseil Œcuménique des Églises

 

  • « Genève — Du 18 novembre au 6 décembre, se réuniront à New Delhi les représentants de 175 Églises membres du Conseil Œcuménique des Églises (COE). Seront notamment présents les Protestants, les Anglicans, les Orthodoxes et les Catholiques. On attend mille participants, dont 652 représentants officiels, le reste des participants étant des observateurs, des conseillers, des représentants ordinaires ou des invités.

    C’est la première fois que l’Assemblée du COE se tient en Asie, les assemblées précédentes s’étant tenues respectivement à Amsterdam, puis à Evenston, aux États-Unis.

    L’une des décisions les plus importantes qui seront prises au cours de l’Assemblée sera l’intégration au COE du Conseil International des Missions (CIM). Ainsi se réalise l’union des deux plus grandes instances chrétiennes internationales, la direction et la mission. L’Assemblée adoptera également une décision concernant la candidature d’adhésion au COE de l’Église orthodoxe russe.

    On remarquera également qu’assisteront à l’Assemblée cinq observateurs catholiques officiels désignés par le Secrétariat du Vatican pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. C’est la première fois que des observateurs catholiques officiels assistent à l’Assemblée.

    Le thème central qui sera proposé à l’Assemblée, « Jésus-Christ est la lumière du monde », se subdivise en trois sous-thèmes : le témoignage, le service et l’unité. Le thème de l’unité sera abordé par le Professeur Joseph Sittler, théologien luthérien et professeur à l’Université de Chicago ; le thème du témoignage par le Professeur Devanandan, directeur de l’Institut Chrétien pour l’Étude de la Religion et de la Société à Bangalore (Inde) ; et le thème du service par le Professeur Takenaka, professeur à l’Université de Doshisha à Kyoto (Japon).

    À partir de la séance plénière du dimanche après-midi, les représentants des Églises étudieront un projet de fusion du COE et du CIM. Une majorité de membres avait toutefois donné leur accord à ce projet.

    Ainsi s’unifient les deux plus grandes instances chrétiennes, qui travaillent en ce XXe siècle à la promotion de l’unité des Chrétiens, pour ne former qu’une instance unique.
     »
  • « Londres — Lord Fisher of Lambeth, ancien Archevêque de Cantorbéry, a déclaré devant le Conseil des Églises de Grande-Bretagne que l’Église Catholique Romaine n’était désormais plus une ennemie. Il a précisé qu’elle était devenue l’alliée des autres Églises. Cette surprenante évolution marque, selon lui, le début d’une nouvelle page de l’Histoire humaine en général, et de l’Histoire chrétienne en particulier. Le salut et la paix ne peuvent commencer que lorsqu’on reconnaît ses erreurs et qu’on s’en excuse, a expliqué l’ancien Archevêque. « L’Église Catholique, ainsi que nous-mêmes, avons commencé à comprendre cette vérité », a-t-il conclu. »
  • « Jérusalem — Le Pasteur Heinrich Grüber [1] de Berlin Ouest a affirmé la nécessité de développer des relations d’amitié entre Juifs et Chrétiens. Les Églises chrétiennes devront, selon lui, mettre fin à leurs activités missionnaires dans les milieux juifs. Les Églises ont perdu ce droit exercé par les Chrétiens envers les Juifs, précise le Pasteur. »

Nous nous arrêterons sur cette dernière dépêche.

Les Chrétiens ont ainsi perdu le droit de prêcher leur religion parmi les Juifs, après la concorde qui a eu lieu dernièrement entre les deux parties... Ce qui a eu lieu aussi dernièrement entre Juifs et Chrétiens, c’est la création de l’État d’Israël sur les ruines de l’entité arabo-musulmane brisée en Palestine, grâce au soutien militaire et économique colossal de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique. Ces trois pays sont tous des pays chrétiens ; ils se sont prêté main forte pour anéantir — de manière préméditée — la nation arabo-musulmane en Palestine, et pour séparer géographiquement les Musulmans d’Asie et ceux d’Afrique en deux morceaux qui n’ont plus aucune liaison terrestre entre eux...

Ces trois pays ont laissé s’exprimer, à travers ce crime, une rancœur refoulée et un désir sadique d’humilier la grande Communauté islamique et de menacer son avenir. Cette noire rancœur impérialiste fait l’objet de notre intarissable consternation !

Pourquoi ces gens portent-ils toute cette haine dans leurs cœurs ? S’ils ont décidé de se réconcilier avec les Juifs — malgré toute l’inimitié qu’ils se vouent mutuellement — pourquoi ne réfléchissent-ils pas à arborer de meilleures dispositions avec l’Islam et à faire preuve de plus d’équité envers les Musulmans ?

Cette farouche détermination à vouloir nous anéantir et nous humilier n’apportera que des malheurs successifs pour toute l’humanité.

Lorsque nous, Musulmans, constatons que la haine ressentie à notre encontre est enracinée de manière aussi profondément odieuse, nous n’éprouverons aucun remords à nous aider de toutes les forces disponibles pour nous défendre, et nous sommes excusés d’avance.

Les Juifs ont mis à profit l’aveuglement du fanatisme croisé anti-islamique pour créer leur État sur notre terre, avec la protection et l’appui des puissances chrétiennes. Ils n’ont même eu de vergogne à prétendre qu’ils étaient de vieux amis du Christianisme et de ses hommes ! Sous l’influence de la haine de l’Islam et de ses disciples, les Chrétiens ont cru à cette supercherie, oubliant la longue histoire dont les événements sont restés gravés pour l’éternité... Si seulement les Enfants d’Israël ressentaient un véritable amour pour le monde chrétien ou pour le monde musulman.

La conjoncture qu’ils traversent les pousse à sourire au visage de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique, les pays de la déclaration tripartite qui prétend qu’Israël a été créé pour rester. Mais ces sourires artificiels ne sont que le tribut payé par Israël pour répondre à des besoins impérieux et à l’aide qui lui est accordée. L’histoire des Enfants d’Israël et des disciples de notre maître Jésus n’est faite, quant à elle, depuis vingt siècles, que d’une succession de haines séculaires et d’humiliations continuelles.

Si pouvait se dévoiler ce qu’abritent les consciences de ces gens, on ne découvrirait dans leurs cœurs que le mal hérité de leurs ancêtres, ainsi que les accusations immondes dont ils affublent la Vierge Marie et son noble fils vertueux.

Durant toute l’Antiquité et le Moyen-Âge, les Juifs se vantaient d’être les assassins de Jésus, fils de Marie, décrivant ce noble Messager comme un bâtard né d’une relation illégitime et portant à sa mère des accusations diffamatoires dont elle est innocente.

Le Noble Coran déclare que Dieu a déversé sur eux sa malédiction, en raison des crimes qu’ils ont perpétrés : « Nous les avons maudits à cause de leur rupture de l’alliance, leur incroyance aux révélations de Dieu, leur meurtre injustifié des prophètes, et leur parole : « Nos cœurs sont imperméables ». En réalité, c’est Dieu qui a scellé leurs cœurs à cause de leur infidélité, car ils ne croyaient que très peu. Et à cause de leur infidélité et de l’énorme calomnie qu’ils prononcèrent contre Marie, et à de cause leur parole : « Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu »... Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! » [2]

Mais voilà qu’aujourd’hui, pressés par le besoin des aides chrétiennes, les Juifs cherchent à se disculper des agissements dont ils ne se lassaient de s’enorgueillir dans le passé, et pour lesquels les Chrétiens ne se lassaient non plus de les persécuter. Ils prétendent désormais que de toute éternité, ils ont été les amis de tout le monde et que depuis l’avènement du Christianisme, ils ont toujours aimé le Christ et sa mère.

Les Juifs ont tellement d’audace qu’ils vont jusqu’à falsifier vingt siècles d’Histoire humaine. Mais le plus étonnant, ce n’est pas cette audace-là : c’est au contraire la naïveté de ceux qui les écoutent et qui les encouragent à aller de l’avant dans leurs prétentions. Tous les peuples chrétiens ressentent — pour ne pas dire saisissent — la portée de l’inimitié qu’ils inspirent aux Juifs. Même les Églises chrétiennes continuent encore à dire des prières et à accomplir des rites qui rendent absolument absurde un potentiel rapprochement entre Chrétiens et Juifs.

Si les Enfants d’Israël ont agi de concert avec le colonialisme irreligieux — que ses desseins ne soient pas bénis par le ciel —, alors le véritable monde chrétien doit réexaminer l’issue de cette alliance maudite et doit comprendre que les conséquences de celle-ci seront bien plus fâcheuses pour les agresseurs que pour le monde arabo-musulman.

Les pasteurs des églises peuvent appeler à la paix et s’efforcer de l’établir, mais ils doivent savoir que toute paix qui se fera au détriment des questions arabo-musulmanes n’aura aucun poids ni aucune durabilité : d’abord parce que les Musulmans s’acharneront à défendre leurs personnes et leurs choses sacrées, ensuite parce que les Chrétiens ne gagneront sûrement pas la sympathie des Juifs qui leur ont déjà porté atteinte dans le passé proche et lointain.

Les Juifs d’Israël et les organisations sionistes mondiales [3] veulent compromettre l’avenir de toute l’humanité et pousser les dirigeants des organisations internationales dans la voie de l’iniquité, de l’oppression et de la légitimation des injustices et des discriminations. Les pasteurs des grandes Églises ont mieux à faire d’éviter avec leurs peuples de répondre à ces intrigues et à ces complots.

Par ailleurs, les Musulmans doivent rassembler leurs rangs éparpillés par les coups de l’invasion moderne, et se cramponner à leur religion dans un combat de survie qui leur a été imposé par le destin.

Honte à eux s’ils se divisent pendant que leurs ennemis se réunissent de toutes parts, ou s’ils s’attardent sur le chemin du progrès alors qu’ils sont confrontés aux découvertes les plus récentes, ou encore si leur attachement à leur religion faiblit pendant que les adeptes des autres religions réaffirment le leur vis-à-vis de leurs dogmes respectifs, malgré les déficiences qu’ils contiennent.

Au nom de l’Islam, nous ne voulons pas qu’éclate une guerre entre les Gens du Livre et nous. Mais si nous constatons autour de nous un climat fait de sombres rancœurs et de trahison, alors nous n’aurons d’autre choix que de défendre nos territoires et notre foi.

Et il ne pourra y avoir de paix sur terre tant que persisteront le sionisme et le colonialisme. Il n’y aura de paix qu’entre les Musulmans et les Chrétiens et Juifs pacifiques.

 

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Muhammad Al-Ghazâlî, Difâ` `An Al-`Aqîdah Wash-Sharî`ah Didd Matâ`in Al-Mustashrîqîn, éditions Nahdat Misr, deuxième édition, janvier 1997.

[1] Le nom de ce pasteur reste à vérifier. NdT

[2] Sourate 4 intitulée les Femmes, An-Nisâ’, versets 155 à 157.

[3] Tout au long de cet article, ce sont précisément ces deux groupes d’individus qui sont visés par la critique de l’auteur. Il ne s’agit pas d’englober toute personne de confession juive dans ce jugement car il existe bien des gens de bonne volonté qui œuvrent pour la réparation de l’injustice et le rétablissement de l’équité dans toutes les communautés. Puissent leurs voix devenir plus audibles. Ndlr.


Lundi 01 Mai 2006
Chagrins d’un prédicateur
 
Notre situation avant les grandes défaites historiques

Méditations sur l’Histoire

Le samedi 19 juin 2004.

L’histoire relate :

Les Croisés attaquèrent le monde musulman après que les ravins insondables de la division eurent séparé ses contrées, si bien qu’elles se guettaient mutuellement, les unes espérant la destruction des autres. Voici que l’État fatimide en Afrique du Nord et en Égypte livre la guerre à l’État abbasside installé en Irak, en Syrie et dans le Hijâz, tandis que l’État omeyyade en Andalousie souhaite le trépas des deux partis afin que leur héritage juteux tombe dans son escarcelle. Occupés par leurs rancœurs, les frères ennemis ne sentaient pas la marche croisée qui venait de l’Ouest, ni celle des Tatars qui venait de l’Est !

L’islam agrée-t-il ces basses rancœurs ? Attendrait-il de leurs auteurs de servir ses principes et ses lois ?

Je n’étais point dupe des titres pompeux que se donnaient ces gens, mais qui ne traduisaient guère leur pied ferme dans la religion ni leur rang dans ce bas-monde !

Le Calife abbasside Al-Qâ’im Bi-Amr Allâh (Le Garant de l’Ordre de Dieu) prit la fuite après la chute de Bagdad entre les mains des Fatimides, mais fut emprisonné par un bédouin. Le roi seljoukide Tughrulbak vola alors à son secours et lui rendit sa capitale. Pour lui témoigner de sa gratitude, le Calife lui donna sa sœur en mariage, l’affubla du titre de "Roi d’Orient et d’Occident" et lui donna tous les pouvoirs dans son empire ! Puis le roi seljoukide décéda et lui succéda son neveu Alb. De même, le Calife abbasside décéda et lui succéda un autre Abbasside, âgé à peine de dix-neuf ans, qui se fit appeler Al-Muqtadî (Celui qui suit l’Ordre de Dieu).

Ce jeune homme de noble descendance n’était point apte à diriger son empire, lequel fut prit en charge par un autre seljoukide, du nom de Malikshâh, fils de Alb Arsalân qui avait décédé après une vie pleine de jihâd...

L’histoire relate :

Malikshâh devint tyrannique et méprisa le Calife au point d’ordonner à ce dernier de quitter Bagdad. Le Calife le supplia de lui accorder un sursis d’un mois, puis après moult supplications, il obtint un sursis de dix jours, pas un de plus ! Toutefois, Dieu voulut que Malikshâh meure avant l’écoulement du délai. Son épouse tut alors la nouvelle de son décès et alla voir le Calife menacé lui demandant de nommer son fils à sa place. L’enfant en question n’avait que cinq ans, mais ceci n’empêcha pas le Calife Al-Muqtadî de lui donner le pouvoir et de lui accorder le titre de Nâsir Ad-Dunyâ Wad-Dîn (Le Secoureur du bas-monde et de l’au-delà) !!

A-t-on jamais vu de telles bouffonneries ? Que de telles facéties puissent avoir lieu au nom de l’islam dans la capitale de l’islam, les bras en tombent.

Quand ces inanités se produisaient-elles ? Pendant que les rois d’Europe, le Pape du Vatican et les hommes d’Église tonnaient la nécessité de se venger des musulmans et d’anéantir la religion de Muhammad !

Mais l’écho de ces hurlements n’atteignit point les oreilles des hommes politiques dans nos pays, noyés qu’ils étaient dans leurs passions individuelles et leurs ambitions ethniques. Ils ne retinrent de l’islam qu’une seule chose : la Révélation Suprême était descendue du ciel pour privilégier les membres de leur famille. Ainsi, après six siècles, plus ou moins, de l’avènement de l’islam, un pauvre jeune homme parmi les descendants d’Al-Abbâs, pensait-il être digne de gouverner le monde musulman ! De même, son homologue parmi les descendants de Umayyah pensait que les musulmans de la côté atlantique lui devaient obéissance : ses glorieux ancêtres n’étaient-ils pas autrefois des chefs dans le désert mecquois ? D’ailleurs, si l’islam devait se propager jusqu’à la rive ouest de l’Atlantique et était embrassé par les habitants des deux Amériques, ne faudrait-il pas qu’ils se pliassent à son pouvoir, vu qu’il était Qurayshite ?

Il suffirait au moindre esclave impotent de se prévaloir de cette descendance pour réclamer une responsabilité à laquelle il n’entend strictement rien. Et le plus étrange est que le Porteur du Message dit à sa fille Fâtimah : "Ô Fâtimah, fille de Muhammad, œuvre pour toi-même car je ne te serai d’aucun secours auprès de Dieu." Puis vinrent des gens prétendant, pour de vrai ou pour de faux, être des descendants de Fâtimah et qui, en vertu de cette descendance, revendiquèrent le leadership des musulmans !

À vrai dire, les organes principaux de l’État musulman furent très vite paralysés par ce genre de prétentions puériles. L’accaparation du califat par des vauriens infligea à la communauté musulmane des blessures profondes la vidant de son sang et faisant d’elle une proie facile pour ses ennemis. De plus, le spectacle de l’incapacité criante des enfants de ces nobles familles encouragea d’autres gens, ambitieux et capables, à les écarter du pouvoir et à l’accaparer pour eux-mêmes. Et lorsque l’ambition et l’arrivisme se répandirent, nombreux furent les prétendants au pouvoir ; tout un chacun possédant suffisamment d’armes et d’argent pouvait briguer le pouvoir... Dans ces circonstances, il était naturel que les âmes braves, nobles et pieuses se fassent discrètes. Que pouvaient-elles bien faire ? Et avec quelles armes ?

Mais fermons cette parenthèse et revenons aux contrées de l’islam peu de temps avant la première croisade, tandis que les descendants d’Al-`Abbâs, ceux de Fâtimah et ceux de Umayyah rivalisaient pour s’emparer des rênes du monde musulman.

Dans une bonne présentation d’Ibn Al-Jawzî, écrite par Sheikh `Alî Muhammad Yûsuf de la Faculté de droit islamique à l’Université du Qatar, on trouve la description suivante de l’état des musulmans à la veille de la première attaque croisée : "Pendant qu’ils étaient au plus profond de leurs divisions, émergea un ennemi arborant la croix comme emblème et visant à les achever et à éradiquer l’islam !

La première croisade eut lieu en l’an 492 A.H. Ibn Al-Jawzî dit à ce propos : « Les nouvelles faisaient état de la chute d’Antioche entre les mains des Francs. Ensuite, ces derniers assiégèrent Ma`arrat An-Nu`mân et s’y livrèrent à des massacres et à des pillages. On dit aussi qu’ils massacrèrent soixante-dix mille personnes à Jérusalem et qu’ils étaient venus dans une armée d’un million d’hommes... »"

 

Arrêtons-nous un instant sur la phrase d’Ibn Al-Jawzî : « On dit aussi qu’ils massacrèrent soixante-dix mille personnes » ! Ainsi, cette affaire n’est guère plus qu’une rumeur pour lui et pour les habitants de Bagdad, la capitale du califat musulman ! La capitale du califat est la dernière à être au courant. Comment pourrait-il en être autrement alors que les politiques sont occupés à poursuivre toutes sortes de délices et de jouissances et à se battre pour le pouvoir ?

Le pouvoir était un butin qui méritait que l’on prenne des risques pour lui. Dites à ces pourritures de califes que `Umar Ibn Al-Khattâb préféra écarter son fils du califat afin de lui épargner ses lourdes charges et ses peines, disant : « Il suffit à la famille d’Al-Khattâb qu’un seul de ses membres soit responsable devant Dieu de la communauté musulmane. »

Le califat était du temps des grands hommes une charge et une peine. Puis il devint une vache à lait du temps des roitelets affamés. Lorsque les Croisés attaquèrent la Palestine, la communauté musulmane était profondément divisée. Si le massacre de Jérusalem n’avait pas dépassé toutes les limites de l’horreur, au point qu’on ne pouvait même pas dénombrer ses victimes, les dormeurs ne seraient pas sortis de leur torpeur.

Puis le califat musulman ne tarda pas à payer sa paresse au prix fort lorsque les Tatars l’envahirent et en firent une vieille histoire, en dépit des titres trompeurs de Mustarshid Billâh (Celui qui suit la Voie de Dieu), de Muqtaf Li-Amr Allâh (Celui qui respecte l’Ordre de Dieu), de Mustanjid Billâh (Celui qui demande le Secours de Dieu), de Nâsir Li-Dînillâh (Le Secoureur de la Religion de Dieu), etc.

Les présomptions ne dispensent guère de la vérité, alors que dire du mensonge criant ? Si les musulmans ne font pas preuve de sincérité vis-à-vis de Dieu, qu’ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes.

 

L’effet du despotisme politique sur la religion et sur la vie

Le mardi 6 juillet 2004.

On pourrait se demander : Où est le rôle des savants dans la lutte contre cette anarchie ? La réponse à cette question nécessite quelques développements. Les gens doués d’une grande intelligence et d’une forte énergie ont en effet été combattus par le despotisme politique. Leurs rassemblements ont été dispersés et leur cercle d’action rétréci si bien que l’empreinte que l’on est en droit d’attendre de leur part s’est réduite comme peau de chagrin.

Il n’y a guère que la tristesse que nous puissions éprouver devant l’assassinat ou l’humiliation des leaders de la pensée religieuse qui ont été empêchés d’accomplir leur devoir envers les masses populaires. Leur absence a alors laissé le champ libre devant des marchands de hadîths qui s’empêtrent comme de beaux diables dans la Noble Sunnah, et devant des juristes des branches secondaires qui trompent les masses avec leur marchandise en donnant l’illusion d’expliquer la quintescence de la religion et les grandes branches de la foi, alors qu’en réalité ils ne font que citer des détails secondaires sujets à toutes sortes d’arguments et de contre-arguments et qui ne touchent en rien à l’essence du dogme ou de la loi.

Les nobles hadîths - après l’examen de leurs chaînes de narration - requièrent un juriste sachant comment les situer dans le cadre général de l’islam pur. Hélas, voici que certains se sont mis à rapporter aux masses, par exemple, le hadîth d’At-Tirmidhî narré d’après Abû Hurayrah, selon qui : "Le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - dit : "Les pauvres entreront au paradis cinq cents ans avant les riches." ou encore le hadîth de Abû Dâwûd narré d’après Abû Sa`îd : "J’étais assis avec un groupe de démunis parmi les Muhâjirûn - dont certains se servaient des autres comme écran pour cacher leur nudité - tandis qu’un récitateur psalmodiait pour nous le Coran, lorsque le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - arriva et s’arrêta devant nous. Le récitateur s’interrompit. Puis le Messager nous demanda : "Que faisiez-vous ?" Nous répondîmes : "Un récitateur psalmodiait pour nous le Livre de notre Seigneur". Il dit : "Louanges à Dieu Qui a créé dans ma Communauté un groupe en compagnie duquel il m’a été ordonné de m’asseoir", puis il s’assit avec nous. Il fit ce geste de la main - leur demandant de former un cercle. Le visage de chacun des présents apparut alors et je vis que le Messager de Dieu ne reconnaissait que moi dans le groupe ! Il dit alors : "Ô indigents des Muhâjirûn, réjouissez-vous d’une lumière parfaite le Jour de la Résurrection, vous entrerez au paradis cinq cents ans avant les riches.""

Il va de soi que ces hadîths apportent aux démunis la consolation et la bonne nouvelle, sans pour autant signifier qu’il soit honteux d’être riche ni que la richesse abaisse le rang. Cependant, les ignorants parmi les spécialistes du Hadith ont voulu instaurer une société d’indigents en rapportant par exemple des récits stipulant que `Abd Ar-Rahmân Ibn `Awf rentrerait au Paradis en rampant !

Il s’agit là d’une imbécilité profonde car l’argent est le pilier de la vie et le fondement de l’État, il est le garant des organisations civiles et militaires. Quant à `Abd Ar-Rahmân Ibn `Awf, il fut d’après la lettre du Coran l’un des premiers devanciers à avoir obtenu l’Agrément Suprême et à avoir reçu d’avance la bonne annonce de son entrée au Paradis...

Faire aimer aux gens la pauvreté, comme le font ces pseudo-spécialistes du Hadith, est un acte criminel.

Si à cela on ajoute le fait que les Arabes dédaignent l’artisanat - rebaignant ainsi dans leur ignorance primitive - et qu’ils lui préfèrent la pauvreté, on voit là quel genre de société de tels préceptes peuvent engendrer.

Le plus étonnant est que ces hadîths étaient narrés alors que certaines couches de la Communauté musulmane s’emplissaient la panse d’argent mal acquis.

Au lieu de rectifier ces travers à l’aide de versets et de traditions authentiques, on a propagé ces récits - et d’autres narrations similaires dans d’autres domaines - ce qui a eu pour effet de dérouter la société et qui a failli lui faire perdre la raison !


Des batailles dans la jurisprudence des règlements secondaires

Le samedi 24 juillet 2004.

Les juristes des règlements secondaires, quant à eux, firent empirer la situation et occupèrent les gens par toutes sortes de règlements juridiques empreints d’exagérations désagréables, qui ne méritaient pas qu’on y dépense toute cette énergie ni tout ce temps ! Puis ils déclarèrent des guerres peu nobles à leurs contradicteurs dans ces règlements de second ordre.

Ibn Al-Jawzî rapporte (d’après l’introduction susmentionnée commise par `Alî Ibn Muhammad Yûsuf Al-Muhammadî) les propos du Sheikh Ibn `Aqîl : "Je constatai que seule l’incapacité empêchait les gens d’être injustes ! Je ne parle pas des masses, mais des savants. Certains Hambalites devinrent de véritables despotes du temps d’Ibn Yûsuf - le gouverneur précédent -, persécutant les disciples d’Ash-Shâfi`î pour des questions secondaires de la jurisprudence - sur lesquelles ils divergeaient avec eux - au point de les empêcher d’accomplir le qunût [1] à voix haute alors que cette question relève de l’ijtihâd - c’est-à-dire que les divergences n’y portent pas à conséquence. Puis, lorsque mourut Ibn Yûsuf et que vint le temps d’An-Nidhâm, le pouvoir des Hambalites ayant disparu, les Shâfi`ites s’en prirent à eux tels des sultans iniques, insultant leurs masses populaires, et portant atteinte à leurs savants en les rejetant et en les accusant d’anthropomorphisme !" Ibn `Aqîl ajoute : "Je méditai la situation des deux parties pour me rendre compte que ni l’une ni l’autre n’était imprégnée des règles de bienséance exigibles de la part d’un savant. Car de tels agissements sont-ils autres que ceux de mercenaires qui fanfaronnent lorsqu’ils ont le pouvoir et que se cloîtrent dans leurs mosquées sinon ?"

Ibn Al-Jawzî rapporte que Abû Nasr Al-Qushayrî - l’enseignant à la Nidhâmiyyah - disait du mal des Hambalites et les accusait d’anthropomorphisme [2], si bien qu’un jour, ils le caillassèrent, le poursuivant jusque chez lui. Une autre fois, les gens se battirent à son sujet et il y eut des morts, des blessés, des incendies et des pillages jusqu’à ce que le Calife envoyât des gens pour éteindre le feu de la discorde !

Ce déchirement avait lieu pendant que le monde croisé brûlait d’envie de frapper l’islam chez lui et d’éradiquer ses gens et sa mémoire.

Et pourquoi se battait-on de la sorte ? Pour des choses dont l’abandon ou l’accomplissement se valent et qui ne portent à aucune conséquence au plan de la foi et de la dignité ! Quel mal y a-t-il à accomplir ou à délaisser le qunût lors de la prière de l’aube ?

Le dénuement de toute éthique, la haine cachée des autres et l’infatuation sont autant de crimes commis par certains juristes des règlements secondaires, enorgueillis qu’ils étaient par leur propre marchandise, qu’ils présentaient aux gens avec une dose d’exagération, sans prêter attention à la division que cela pouvait engendrer !

La corruption des religieux parmi les gens du Livre émane également de cette même source. Ils faussèrent les slogans et corrompirent les cœurs si bien que Dieu déclara à leur sujet : "Mais ce sont ceux-là mêmes à qui le Livre avait été apporté, qui se mirent à en disputer, après que les preuves leur furent venues, par esprit de rivalité !" [3]

La conséquence de la division, du désordre dans les rangs et de l’amour du pouvoir fut que les Croisés et les Tatars envahirent les frontières de cette nation déséquilibrée et lui firent connaître toutes sortes de déboires.

Pourquoi mentionné-je tout cela aujourd’hui ? À quoi bon dépoussiérer ces pages du passé ?

 

Rien de nouveau sous le Soleil

Le lundi 27 septembre 2004.

Je le fais parce que je vois les maladies de jadis s’accumuler et les signes avant coureurs de la tempête faire leur apparition à l’horizon lointain. Les ennemis ont même entamé leur attaque, les terres musulmanes s’érodent et l’on planifie désormais de frapper le coeur après avoir coupé les ailes !

Les croisés réussirent à évangéliser les quatre cinquièmes des Philippines, puis ils se tournèrent vers les îles indonésiennes avec le même stratagème. Ils effacèrent toute trace islamique de Singapour et ils placent actuellement leurs pions en Asie du Sud-Est.

Nous avons publié dans l’un de nos ouvrages un article catholique sur la nécessité d’éradiquer l’islam d’Afrique avec la fin du vingtième siècle ! Pendant ce temps, le Pape du Vatican se déplace de pays en pays pour s’assurer du bon déroulement du plan et pour attiser ses flammes !

Comment un croyant peut-il rester indifférent à la réception de telles nouvelles ? Comment peut-il trouver l’appétit ou le sommeil ?

Je sais que la nation musulmane a ressenti le danger qui la guette et s’est relevée pour se maintenir en vie. Les signes de l’éveil se répandent rapidement au fur et à mesure que le cauchemar approche et que l’ambiance se tend.

Je garde bon espoir de cet éveil généralisé, et, en même temps, je crains les maladies d’antan telles la corruption de la politique à cause de la division et la corruption de la culture à cause de l’ignorance et des viles passions.

Au plan intellectuel, nous devons collaborer dans les questions qui nous réunissent et nous devons nous excuser mutuellement pour les questions sur lesquelles nous divergeons. Nous devons constituer un rang uni face au nouvel assaut visant notre religion et notre terre afin que nous puissions le repousser. Les responsables doivent se hâter de rassembler les forces, de colmater les brèches et de réunir tout ce qui est susceptible de sauver notre existence menacée !

Tout individu qui occupe les musulmans par autre chose est soit un hypocrite vendu à l’ennemi et l’aidant à nous défaire, soit un idiot qui joue le rôle de l’ami ignorant, qui enfonce sa nation sans même s’en rendre compte ! Nous devons nous méfier de ces deux types de personnages et mettre la nation en garde contre leur nocivité.

Lundi 01 Mai 2006

La chute de Valence

Le lundi 1er mai 2006.
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Jacques Ier d’Aragon sous les murailles de Valence

L’Andalousie fut confrontée au XIIIe siècle à des crises à répétition. Nul ne lui prêtait main forte dans le reste du monde musulman et les roitelets qui la gouvernaient démissionnèrent de leur responsabilité historique à l’égard de cette contrée musulmane qu’il leur incombait de préserver. La Reconquista espagnole avait déjà enlevé aux Musulmans une bonne partie de la péninsule ibérique et elle convoitait désormais les grandes cités musulmanes du sud de l’Espagne.

Mais au lieu que cette menace réunît les dirigeants du pays autour du même objectif de repousser l’envahisseur chrétien, ils s’en allèrent rechercher protection et mondanités auprès de leurs ennemis, les priant, au prix de l’honneur, de la patrie, de la nation et de la religion, de les laisser sains et saufs et de les aider à vaincre le roitelet voisin qui leur disputait un lopin de terre. Rares furent les époques où les souverains musulmans firent preuve d’un aussi haut degré de veulerie, frisant souvent avec la trahison.

 

L’apostasie d’un roi

 

Valence (Balansiyah en arabe), ville côtière méditerranéenne, était l’une des plus grandes cités andalouses. Dans la première moitié du XIIIe siècle, le royaume qui porte son nom fut confronté à une crise sans précédent qui se transforma en révolte contre le souverain almohade local — du nom de la dynastie qui régnait alors en Andalousie —, Abû Zayd Ibn Abî `Abd Allâh Muhammad. Cette révolte ne se calma que lorsque Abû Jamîl Zayyân Ibn Mudâfi` prit les rênes du pouvoir et que le souverain déchu quitta Valence, mettant ainsi un terme à la présence almohade en Andalousie orientale.

Mais Abû Zayd n’avait pas dit son dernier mot. En quittant Valence en 1230, il fit ce qu’aucun esprit musulman ne pouvait imaginer. Il se rendit auprès du Roi Jacques Ier d’Aragon, lui prêta serment d’allégeance et signa avec lui un traité aux termes duquel il lui abandonnerait une partie des terres et des châteaux qu’il récupérerait si celui-ci le soutenait.

Comme si cet acte de trahison ne lui suffisait pas, Abû Zayd poursuivit dans la voie qu’il s’était choisi : il apostasia l’Islam, se convertit au Christianisme, s’assimila à ses nouveaux protecteurs et les aida activement dans leurs guerres contre les Musulmans.

 

Le Roi d’Aragon convoite Valence

 

Lorsque Abû Jamîl Zayyân s’installa sur le trône du Royaume de Valence, il s’activa à affirmer son autorité, à consolider son pouvoir, à étendre son territoire et à se venger des Chrétiens qui avaient ravagé son pays à travers leurs attaques récurrentes. Il fut en cela aidé par le fait que Jacques Ier d’Aragon, dit le Conquérant, était occupé sur d’autres fronts. Abû Jamîl profita donc de l’occasion présentée pour mener des campagnes militaires victorieuses sur les côtes du Royaume d’Aragon, durant lesquelles il réussit à prendre notamment la ville fortifiée de Tortosa, en actuelle Catalogne.

Lorsque Jacques Ier le Conquérant rentra de ses guerres contre les royaumes voisins, il commença à réfléchir à une nouvelle entreprise militaire qui le verrait s’emparer du Royaume de Valence et mettrait un terme à la menace permanente qu’il représentait. Cet objectif nécessitait des préparatifs très importants et une stratégie élaborée. Il était conscient que Valence ne tomberait entre ses mains qu’après l’avoir isolée des royaumes et principautés voisins, en veillant à ce qu’aucun de ces royaumes ne lui vienne en aide. Les ressources limitées de Valence en faisaient un État dépendant incapable de soutenir une longue résistance. Le Roi d’Aragon savait par ailleurs que les souverains musulmans en Andalousie orientale étaient profondément divisés. Charge à lui donc de savoir exploiter ces divisions.

Au moment opportun, et après de longs préparatifs, Jacques Ier prit sa décision historique d’envahir le Royaume de Valence et demanda au Pape de bénir sa campagne et de la placer sous le signe de la croix. Le Pape Grégoire IX acquiesça à sa demande et encouragea les chevaliers et les seigneurs chrétiens à le soutenir.

 

Acte Ier : Burriana

 

Ce fut à l’été 1233 que les forces aragonaises, commandées par Jacques Ier et accompagnées par l’ex-gouverneur christianisé de Valence, Abû Zayd, commencèrent à marcher sur le nord du royaume valencien. La première ville qui tomba fut la ville méditerranéenne de Burriana. Elle tomba après un terrible siège de deux mois au cours duquel ses fermes furent détruites et ses champs incendiés. C’était en juillet 1233, en plein mois de Ramadân.

Jacques Ier poursuivit sa campagne et parvint à prendre un grand nombre de châteaux-forts, importants du point de vue stratégique, car proches de la ville même de Valence. Il suspendit néanmoins ses opérations militaires en 1235, après deux ans de guerre, pour rentrer s’occuper des affaires intérieures de son royaume, et pour attendre qu’une occasion plus opportune se présente pour achever la conquête de Valence.

 

Acte II : Le Puig Cebolla

 

Lorsque Jacques Ier reprit l’offensive pour prendre Valence, il jugea utile de commencer par prendre le château du Puig Cebolla, appelé aussi le château d’Enesa (Anîshah en arabe). Ce puissant château-fort, situé au Puig, était à moins d’une quinzaine de kilomètres de la ville de Valence. Il avait été construit par les Musulmans sur un haut monticule (« puig » signifiant monticule en catalan, de même que le mot arabe jubaylah, dont l’hispanisation a donné « cebolla ») surplombant les champs et les vergers valenciens. C’était l’une des principales défenses avancées de la ville.

L’Émir Zayyân prit conscience que son ennemi s’était lancé dans une course contre la montre pour mettre la main sur cette citadelle fortifiée qui lui servirait de base d’attaque contre Valence. Craignant qu’il soit pris par les Aragonais, il décida de le sacrifier en le faisant détruire avant de battre en retraite jusqu’à Valence. La destruction du château d’Enesa ne découragea pas outre mesure le Roi d’Aragon. Celui-ci poursuivit sa route à la tête d’une imposante armée, toujours accompagné du souverain déchu, l’apostat de Valence. Après avoir rapidement défait la faible résistance musulmane de la ville d’Enesa, il prit possession du château et le fit édifier à nouveau pour en faire, comme prévu, la base de ses attaques contre les différentes régions valenciennes.

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Ruines du château du Puig

Constatant le péril que pourrait représenter ce château passé à l’ennemi et situé à quelques kilomètres seulement de sa cité, l’Émir Zayyân décida de le reprendre coûte que coûte. Il leva une grande armée que certaines sources estiment à quarante mille hommes et se dirigea vers le Puig pour reprendre la citadelle. Une bataille décisive se déroula en ce lieu, la bataille du Puig Cebolla, au cours de laquelle les Musulmans furent écrasés, malgré leur bravoure et leur abnégation.

Au premier rang des martyrs de cette bataille, figurait le plus grand savant et traditionniste andalous de son temps, l’Imâm Abû Ar-Rabî` Sulaymân Ibn Mûsâ Al-Kulâ`î, qui, en sus de son savoir et de sa piété, était un preux combattant, qui guerroyait activement dans les premiers rangs et qui insufflait le courage et l’audace dans l’âme des soldats, les incitant à rester fermes et endurants en leur criant : « Fuirez-vous le Paradis ? »

Mais tout cela ne put empêcher l’armée musulmane de subir une catastrophe le 14 août 1237. La chute du château d’Enesa augurait que le sort de Valence était désormais scellé, et que sa fin était toute proche.

 

Acte III : la fin

 

La tragédie de Valence approchait donc inexorablement à sa fin, comme ce fut le cas de sa sœur jumelle, Cordoue, la capitale du Califat omeyyade, qui sombra quelques années plus tôt sous les assauts de Fernand III de Castille. Les Valenciens désespéraient et leur confiance se réduisit comme peau de chagrin après le désastre du Puig Cebolla. Leurs ressources devenaient rares, et ils n’attendaient plus guère de soutien de l’extérieur.

Ces circonstances pénibles que traversaient les Valenciens étaient néanmoins particulièrement favorables à Jacques Ier d’Aragon. Il se mit donc en route vers le sud, vers Valence, et tout au long de son parcours, il reçut des missives de la plupart des châteaux voisins qui lui déclaraient leur reddition et leur soumission. À ses troupes, vinrent également se joindre des forces barcelonaises et françaises qui répondirent à l’appel du Pape. Lorsque le siège de Valence commença en avril 1238, c’étaient plus de soixante mille soldats chrétiens qui campaient sous les murs de la ville.

 

Tunis au secours de Valence

 

La présence des forces aragonaises au-dehors de la ville suscita chez les Valenciens une grande motivation pour relever le défi, malgré un déséquilibre des forces et des ressources largement à leur désavantage. Ils n’en furent pas moins déterminés à rester fermes et à défendre leur ville jusqu’à la dernière goutte de sang. Le Roi Abû Jamîl Zayyân était le plus déterminé d’entre eux. Il ne ménagea aucun effort pour demander en vain le secours des royaumes musulmans voisins. Voyant qu’il n’avait rien à espérer des souverains andalous, il tourna son regard vers l’Afrique du Nord, où un sultan répondant au nom de Zakariyyâ Al-Hafsî venait de fonder un tout nouvel État islamique et venait d’inaugurer une toute nouvelle dynastie, la dynastie hafside de Tunisie.

Abû Jamîl Zayyân envoya une ambassade à Zakariyyâ Al-Hafsî lui faisant savoir qu’il lui prêtait allégeance au nom de tous les Valenciens et lui demandant de lui venir rapidement en aide pour contrer la coalition chrétienne. Cette ambassade était emmenée par le Ministre et Secrétaire du Roi de Valence, l’historien, poète et homme de lettres, Ibn Al-Abbâr Al-Qudâ`î. Lorsque Ibn Al-Abbâr arriva à Tunis et qu’il rencontra le Sultan hafside, il composa sa célèbre ode intitulée Al-Qasîdah As-Sîniyyah, dans laquelle il exprima dans un des plus beaux poèmes andalous, la détresse et l’affliction qu’il ressentait à l’égard de la perte de sa Valence chérie, et du reste de l’Andalousie, implorant le Sultan de voler au secours de ses frères en religion, « avec ses chevaux, les chevaux de Dieu ». La désolation d’Ibn Al-Abbâr était profonde, lorsqu’il pleurait devant le Sultan le sort de Cordoue et de Valence, « des villes investies par le polythéisme souriant et jovial tandis que la foi les quittait misérablement ».

Ce poème triste fit couler les larmes du Sultan de Tunis, qui prit derechef la décision de secourir la ville assiégée. Il se dépêcha d’affréter douze navires de guerre, qu’il chargea de vivres et de munitions, et de les envoyer à Valence sous le commandement de son cousin Abû Zakariyyâ Yahyâ Ibn Abî Yahyâ. Mais malgré tout l’enthousiasme des Hafsides, ces vaisseaux n’arrivèrent jamais à destination, en raison du siège maritime implacable, qui veillait à ce que Valence ne fût pas secourue par la voie des mers.

Les navires tunisiens déchargèrent donc leur cargaison dans le château de Dénia, à une centaine de kilomètres au sud de Valence, ce qui éteignit toute lueur d’espoir de sauvetage de la ville musulmane.

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Le château de Dénia

 

La reddition pacifique de Valence

 

Les Valenciens résistèrent à l’envahisseur pendant cinq mois, sortant régulièrement affronter la coalition chrétienne. Mais sans soutien extérieur, y compris le pont maritime avorté de Tunis, ils ne pouvaient soutenir le siège plus longtemps, d’autant plus qu’ils n’avaient plus de nourriture, et que les murailles et les tours de la ville étaient sérieusement endommagées. L’Émir Zayyân et les notables valenciens prirent conscience qu’ils n’avaient plus d’autre issue que de se rendre, avant que les ennemis ne prennent la ville d’assaut et se livrent au massacre de la population. Le Roi de Valence dépêcha donc son neveu pour négocier avec Jacques Ier d’Aragon les conditions de la reddition. Les deux hommes se mirent d’accord pour une reddition pacifique.

Et le vendredi 9 octobre 1238, le Roi Jacques Ier d’Aragon entra à Valence, accompagné de son épouse, des évêques, des nobles et des chevaliers de sa cour. La bannière du Royaume d’Aragon fut levée sur les murailles de la ville ; les mosquées furent converties en églises et les tombes musulmanes furent détruites. Jacques Ier passa quelque temps à Valence pour partager ses richesses et ses domaines entre les nobles de sa cour et le clergé. Depuis ce jour, Valence cessa d’être une ville musulmane, après l’avoir été pendant cinq siècles.

Lundi 01 Mai 2006

La deuxième bataille de Kosovo

Le jeudi 6 avril 2006.
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Le Sultan Murâd II

La dynastie ottomane connut à ses débuts des succès fulgurants. Les puissants premiers sultans firent passer le nouvel État islamique du stade de simple émirat à celui de plus grand Empire du monde, un Empire développé et structuré qui s’étendait sur les trois continents de l’Ancien Monde, l’Afrique, l’Asie et l’Europe.

Le Sultan Murâd II (Murat II) fut l’un des plus grands Califes de la maison ottomane. Actif et dynamique, il participa à la construction d’un État puissant, stable et prospère. À peine âgé de 18 ans, le décès de son père, le Sultan Muhammad Jalabî (Mehmet Ier), lui permit d’accéder au trône à un âge précoce en 1421 E.C. Ambitieux et enthousiaste, il rêvait d’asseoir durablement l’autorité et l’influence de l’Empire.

 

Un début de règne houleux

 

À peine Murâd II s’était-il installé à la tête du sultanat que des troubles et des révoltes éclatèrent et faillirent le déchoir. Ces troubles furent notamment fomentés par son oncle Mustafâ Jalabî qui aspirait au pouvoir après la mort de son frère, Muhammad Ier. Mustafâ Jalabî était soutenu par l’Empire byzantin qui redoutait la puissance émergente des Ottomans. Les Byzantins cherchaient en effet à attiser les querelles intestines entre les Turcs dans le but de les détourner du projet de conquérir Constantinople.

Des mouvements de rébellion contre l’autorité ottomane éclatèrent également dans la région des Balkans. Murâd II entreprit de mater ces révoltes et de réaffirmer la souveraineté turque sur ces territoires d’Europe orientale. Il contraignit ainsi le Despote de Serbie, Georges Brankovic, devenant de facto un vassal du Sultan ottoman, à payer un tribut annuel, à fournir des soldats pour aider l’Empire ottoman en temps de guerre, à lui accorder la main de sa fille Mara et à rompre toutes relations avec le Roi de Hongrie.

 

Sur le front hongrois

 

Grand rival des Turcs dans les Balkans, le Royaume de Hongrie ne cessait d’inciter le Despotat de Serbie à se rebeller contre l’Empire ottoman, après que les Serbes furent intégrés dans la zone d’influence turque. Décidé à mettre un terme à cette ingérence extérieure, le Sultan Murâd II marcha contre la Hongrie et lui infligea une défaite sans appel en 1438 E.C. Certaines sources précisent que soixante-dix mille soldats ennemis furent capturés au cours de cette expédition.

L’année suivante, le Despote de Serbie, Georges Brankovic, entra en dissidence contre le Sultan ottoman. Ce dernier, résolu à rappeler son vassal chrétien à l’ordre, prit la tête de son armée et se rendit jusqu’à Belgrade, capitale de la Serbie, qu’il assiégea en vain pendant six mois. La bravoure des soldats serbes empêcha la ville de tomber entre les mains des Turcs. Rebroussant chemin, Murâd II se dirigea vers la Transylvanie sur laquelle il étendit sa suzeraineté. Cette expédition fut l’occasion pour le Pape Eugène IV d’appeler, en 1439 E.C., à une croisade contre l’Empire ottoman. L’appel fut largement entendu en Europe, et très vite, se constitua une coalition chrétienne formée de la Hongrie, de la Pologne, de la Serbie, de la Valachie et de Venise. La coalition croisée fut dirigée par le régent de Hongrie, Jean Hunyadi, qui était un Catholique fanatique, ayant pour seule et unique obsession de bouter les Turcs hors des Balkans et d’Europe. Jean Hunyadi parvint à infliger une écrasante défaite à l’armée ottomane en 1442 E.C., après avoir tué vingt mille soldats turcs, dont le commandant de l’armée, contraignant le reste des troupes à se retirer derrière le Danube. Lorsque la nouvelle de cette défaite parvint au Sultan Murâd II, il décida de venger l’honneur de l’Empire en envoyant une nouvelle armée de quatre-vingt mille hommes, sous le commandement de Shihâb Ad-Dîn Pacha. Une nouvelle fois, le régent hongrois Jean Hunyadi vainquit les Turcs dans une bataille décisive près de Belgrade.

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Le régent de Hongrie Jean Hunyadi

Les revers ottomans se succédèrent, contraignant le Sultan à accepter une trêve de dix ans avec la Hongrie, aux termes de laquelle il renoncerait à ses prétentions sur la Serbie, reconnaîtrait le Despotat de Georges Brankovic et céderait la Valachie à la Hongrie. Cette trêve fut signée le 13 juillet 1444. À son retour dans sa capitale Edirne, le Sultan fut bouleversé par la mort tragique de son aîné et futur successeur `Alâ’ Ad-Dîn. Voyant que le sort s’acharnait contre lui, il décida d’abdiquer en faveur de son fils de 14 ans, Muhammad, que l’histoire connaîtra par la suite comme Muhammad Al-Fâtih ou Mehmet le Conquérant, l’homme qui mit fin à un millénaire d’Empire byzantin et qui prit Constantinople en 1453 E.C. Murâd II se retira quant à lui dans la ville de Magnésie (ou Manisa) en Asie Mineure, pour passer le restant de ses jours loin des intrigues politiques et des préoccupations du pouvoir, et pour se consacrer à la méditation et à l’adoration de Dieu.

 

La Hongrie rompt la trêve

 

L’abdication du Sultan Murâd II fit renaître chez les Européens l’espoir de venir à bout de l’Empire ottoman. Le jeune nouveau Sultan Muhammad II n’était pas encore apte à supporter le poids d’une confrontation avec une coalition croisée. Sous les exhortations de l’ambassadeur du Pape qui le convainquit qu’il était libre de tout engagement avec les infidèles, le Roi de Hongrie, Ladislas III, saisit cette conjoncture de faiblesse à la tête de l’Empire pour rompre la trêve signée en juillet 1444. Celui-ci avait pourtant juré sur la Bible, tandis que Murâd II jurait sur le Coran, qu’aucun des deux ne trahirait les clauses du pacte, aussi longtemps qu’ils seraient en vie.

Foulant ses engagements aux pieds, la chrétienté forma une nouvelle coalition composée de la Hongrie, de la Pologne, de l’Allemagne, de la France, de Venise et de l’Empire byzantin et mit sur pied une armée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes.

 

Le retour de Murâd II

 

Ces troupes marchèrent contre l’Empire ottoman et débarquèrent sur les côtes de la Mer Noire, près de la ville bulgare de Varna. Pendant que ces manœuvres militaires avaient lieu, l’inquiétude et l’angoisse gagnaient l’élite dirigeante à Edirne. Le jeune Sultan n’était pas en mesure de dissiper ces craintes ni de contrôler la situation, et encore moins d’arracher la victoire aux ennemis. Un conseil se tint alors dans la capitale ottomane pour décider de la marche à suivre. La décision, communiquée à Muhammad II, était de cette teneur : « Nous ne pourrons résister à l’ennemi que si votre père le Sultan reprend votre place. [...] Faîtes venir votre père pour qu’il affronte l’ennemi et profitez pleinement de votre repos. Le sultanat vous reviendra après l’accomplissement de cette mission. »

Muhammad II envoya derechef une missive à son père, Murâd II, à Manisa, lui demandant de rentrer à Edirne. Ce dernier, voulant que son fils ait confiance en lui-même, lui répondit : « La défense de l’Empire est un devoir incombant au Sultan ! » Muhammad II lui écrivit en retour : « Si Nous sommes le Sultan, alors nous vous ordonnons de venir à la tête de votre armée. Et si vous êtes le Sultan, alors venez défendre votre Empire ! »

 

La bataille de Varna

 

Murâd II prit la tête de son armée et se dirigea vers Varna. Il y arriva en même temps que l’armée croisée. Le lendemain, une bataille décisive commença. Le Sultan ottoman accrocha sur une lance le texte du pacte de 1444 afin que le monde entier soit témoin de la perfidie d’un ennemi qui trahit ses engagements.

Les affrontements éclatèrent lorsque Jean Hunyadi, qui dirigeait l’armée croisée, lança l’assaut contre les flancs de l’armée ottomane. Dans un premier temps, Murâd II laissa l’ennemi s’enfoncer à l’intérieur des rangs de ses troupes. Puis il donna l’ordre de la contre-attaque. Ses forces parvinrent à encercler l’ennemi et à décapiter le Roi Ladislas III. La tête de ce dernier fut accrochée au bout d’une lance afin de terroriser l’armée croisée et les abattre sur le plan psychologique. Le chef hongrois Jean Hunyadi prit la fuite, laissant ses hommes derrière lui se faire capturer. Entre quatre-vingt mille et quatre-vingt-dix mille soldats chrétiens furent faits prisonniers par les Musulmans. Cette victoire historique eut lieu le 10 novembre 1444 et son écho retentit dans tout le monde musulman.

 

La sixième croisade anti-ottomane

 

Quatre ans après sa défaite à Varna, Jean Hunyadi ne décolérait pas et sa soif de vengeance ne s’était pas étanchée. Voulant effacer l’affront de ce revers, il mobilisa la sixième croisade anti-ottomane, à laquelle participèrent cent mille Chrétiens venus de Hongrie, d’Allemagne, de Pologne, de Sicile et de Naples. L’armée croisée était composée de trente-huit bataillons, dont la plupart ne connaissait même pas la langue de l’autre.

Elle se mit en branle en direction de la plaine du Kosovo, où elle rencontra l’armée ottomane conduite par le Sultan Murâd II. La bataille s’étendit sur plusieurs jours, à compter du 17 octobre 1448. Au troisième jour de combats, Murâd II parvint à encercler l’ennemi, exténué par la fatigue et les frappes continuelles des forces turques. Il lui barra la route pour l’empêcher de s’échapper.

Jean Hunyadi fut incapable de résister plus longtemps. Profitant de la tombée de la nuit, il réussit à prendre la fuite comme il l’avait fait à Varna, abandonnant derrière lui dix-sept mille soldats morts et des dizaines de milliers de prisonniers. Cette victoire musulmane dans les plaines du Kosovo vint rappeler une victoire similaire qui avait eu lieu au même endroit une soixantaine d’années plus tôt, lorsque le Sultan Murâd Ier avait défait le Roi Lazare de Serbie en 1389. Cette deuxième bataille de Kosovo mit fin pour de nombreux siècles aux espoirs européens de voir les Ottomans boutés hors des Balkans.

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